« Il avait trouvé sa place » : Ludovic Marais, jeune apprenti barman, emporté par un accident du travail

« On ne sait même pas dans quelles circonstances précises notre fils est mort. C’est inhumain de ne rien nous dire ». Le 16 décembre 2019, Ludovic Marais, apprenti barman, mourrait dans un accident du travail.  Onze mois plus tard, ses parents, Delphine et Franck, cherchent encore à comprendre les conditions de sa mort. Un véritable parcours du combattant.

Ludovic Marais est né le 31 mars 2000 à Chambray-lès-Tours en Indre-et-Loire (37). A son entrée au lycée, il se lance dans un Bac professionnel CSR (Commercialisation et services en restauration). Ce diplôme vise à former des professionnels aux métiers de la restauration et de la relation client. Le jeune lycéen effectue plusieurs stages en boulangerie, en brasserie ou dans des restaurants. A travers ces différentes expériences professionnelles il trouve enfin sa voie. « La cuisine ce n’était pas fait pour lui ; il ne voulait pas non plus être serveur ; il avait trouvé sa place et c’était derrière le bar », raconte Delphine, sa maman. Ludovic obtient son diplôme avec mention assez bien.

A la découverte du métier de barman

Afin de parfaire sa formation, il décide de se lancer ensuite dans un apprentissage d’un an lui permettant de se spécialiser dans le métier de barman (mention complémentaire barman). Dynamique et très apprécié, Ludovic possède toutes les qualités pour réussir dans cet univers. En septembre 2019, il entre donc au CFA de Tours et débute son stage dans une brasserie du centre-ville. Un établissement qu’il connait puisqu’il y avait déjà passé le mois d’aout en tant que saisonnier. Malgré son contrat d’apprentissage, la formation ne répond pas vraiment à ses attentes. Le jeune homme de 19 ans confie à ses parents que ses taches d’apprenti s’avèrent finalement identiques à celles qui lui étaient confiées durant son CDD de l’été. « Il s’ennuyait car il avait l’impression de ne rien apprendre. Il ne s’épanouissait pas là-bas ».

Ludovic est par ailleurs confronté aux difficultés malheureusement inhérentes aux métiers de la restauration : amplitudes horaires, rythme infernal, changements de planning… Pour lui éviter d’avoir à prendre la route pour rentrer chez eux après son service, ses parents lui louent un appartement en ville. Sa mère, avec qui il entretient une relation fusionnelle, le rassure et le remotive pour qu’il continue sa formation et atteigne enfin son but : devenir barman. Sur place, Ludovic, qui ne cherche qu’à apprendre, doit faire face à la relative absence de son maitre de stage. Il doit se former au contact de ses collègues, dont un certain nombre est apprenti comme lui.

« Sur le coup, on se dit que ce n’est pas possible, que cela ne peut pas se passer ainsi »

Le lundi 16 décembre, plus de trois mois après le début de son stage, Ludovic prend son service. Ce jour-là, il est seul derrière le bar. Vers 23h45, en fin de service, il utilise le monte-charge afin de transporter différentes marchandises. C’est alors que le dramatique accident survient. Ludovic est percuté à la tête par le monte-charge. Victime d’un grave traumatisme crânien il est transporté à l’hôpital, en état de mort cérébrale, où il décédera dans la nuit. « Vers 3h30, un appel de l’hôpital nous a réveillé. On nous signifiait que notre fils avait eu un grave accident. Sur le coup, on se dit que ce n’est pas possible, que cela ne peut pas se passer ainsi. A notre arrivée, il était malheureusement trop tard » confie Delphine.

Le lendemain, malgré la mort de Ludovic et le traumatisme de ses collègues, la brasserie ouvrait ses portes à l’heure. De nombreuses questions se posent quant aux circonstances de l’accident. La machine utilisée par le jeune apprenti était-elle aux normes ? Il semble que non. L’expertise le dévoilera. A ce jour, le monte-charge est encore sous scellés. Par ailleurs, à ce stade de sa formation, alors même que son formateur n’était pas présent dans les locaux, Ludovic était-il habilité à utiliser cet engin ?

« On se bat pour Ludovic mais aussi à travers lui pour tous les apprentis »

Onze mois après ce dramatique accident du travail pas moins de quatre procédures sont encore en cours. Une enquête judiciaire a été ouverte. Le tribunal de Tours a retenu le chef d’inculpation suivant : « homicide involontaire par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou imprudence ». La famille de Ludovic a décidé de se constituer partie civile. Pour autant, ses parents déplorent le refus de la juge d’instruction de les entendre. « Elle nous a répondu qu’il n’y avait pas nécessité de nous recevoir. A ce stade, on ne sait même pas dans quelles circonstances précises notre fils est mort. C’est inhumain de ne rien nous dire ». Delphine et Franck se sont entourés d’un avocat pour faire face aux multiples procédures. « On découvre un monde difficile à comprendre. A chaque mail que l’on reçoit c’est une angoisse. De nombreux termes sont incompréhensibles. Lorsqu’il faut répondre, on met parfois des heures pour trouver les bons mots. Rien que ça, juste écrire un mail, c’est épuisant ».

A cela s’ajoute la lenteur de la justice. « Chaque retard dans nos démarches nous est expliqué par la crise sanitaire. Comment si nous n’avions pas nous aussi soufferts du confinement. Le jour des 20 ans de Ludovic nous nous sommes retrouvés seuls, enfermés à la maison, sans même pouvoir nous rendre au cimetière pour nous recueillir ». Depuis le drame, Delphine et Franck ont cessé toute activité. « On ne peut plus travailler. On passe parfois plusieurs nuits sans dormir ». En effet, la complexité des démarches et la lenteur de la justice viennent s’ajouter à la peine incommensurable des deux parents. « Il n’y a pas de deuil. On va devoir vivre toute notre vie avec cette douleur. Mais nous avons des questions et il nous faut des réponses. C’est horrible de ne pas savoir. »

Heureusement, Delphine, Franck, et leurs enfants, sont entourés par leurs familles et leurs amis. Le procès aux prud’hommes devrait s’ouvrir courant décembre. « Certes, toutes ses procédures, c’est pour nous un effort financier important. Mais quoi qu’il arrive nous irons au bout. Même s’il faut pour cela vendre la maison. On ne lâchera pas. On se bat pour Ludovic mais aussi à travers lui pour tous les apprentis et leurs conditions de travail ».

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