Adrien Alcodori victime d’un accident mortel par négligence des règles de sécurité au travail

Le 10 février 2017, Adrien Alcodori, jeune ouvrier de 29 ans, décédait sur un chantier à Vias dans l’Hérault. Depuis, son employeur a été reconnu coupable « d’homicide involontaire ». Cet accident du travail est la triste illustration des conséquences dramatiques de la négligence des règles de sécurité sur certains chantiers.

Adrien Alcodori est né le 21 août 1987 à Béziers. Il grandit dans l’Hérault dans une famille d’ostréiculteurs. Régulièrement, le jeune homme épaule sa mère et son beau-père sur leur exploitation. « Il venait souvent nous donner des coups de main et m’accompagnait lors des livraisons. Il aimait ça mais ne voulait pas en faire son activité » se souvient Christel Ricard, sa mère. A 16 ans, Adrien se voit alors davantage dans la restauration et débute même un apprentissage. « Sa tante tenait un restaurant et il allait souvent l’aider notamment au service. Ça lui plaisait vraiment ». Le jeune héraultais se passionne aussi pour le sport. Il pratique le rugby et les joutes. « Mais après un grave accident de moto il doit tout arrêter ». Diminué physiquement, il ne peut plus pratiquer de sports de contacts. « J’ai essayé de lui faire faire du tennis, de la piscine ou du yoga, mais il n’a pas accroché ».

Le parcours d’un jeune manœuvre ouvrier

Adrien se détourne finalement de la restauration. Après avoir renoué contact avec son père, façadier, il décide de le suivre sur les chantiers. Il découvre alors le monde du BTP. Mais sa mère ne voit pas cette nouvelle activité d’un bon œil : « la plupart du temps il n’était pas déclaré. A son âge, avec si peu d’expérience, on lui donnait trop de responsabilité ». Le jeune ouvrier n’a en effet pas de qualification mais il apprend sur le tas. Convaincu par sa mère, Adrien se lance finalement à la recherche d’un emploi plus stable. Mais sans formation, ni diplôme, il ne peut envisager autre chose que de petites missions dans le BTP. « Je lui ai fait faire le tour des boites d’intérim. Il a fait un peu de tout : couvreur, maçon… Il était jeune, il avait besoin de travailler, ce n’était pas facile, mais ça lui plaisait. Il réfléchissait même à monter sa propre société mais ne se sentait pas encore assez mûr pour se lancer ».

Il finit par se stabiliser dans une entreprise installée à Vias et spécialisée dans les travaux de couverture. « C’est un ami, salarié de la société, qui l’a conseillé ». Cependant, son statut reste précaire. Le jeune manœuvre couvreur multiplie les CDD mais n’intègre pas l’entreprise de façon pérenne. « Il était payé au lance-pierre mais c’était un travailleur, il se donnait à fond même les weekends ». Au cours de ses premiers mois d’activité, il confie à sa mère que le matériel mis à sa disposition sur les chantiers n’est pas toujours de qualité et que les règles de sécurité sont parfois négligées. « Mais il n’avait pas le choix. Il était jeune, il lui fallait travailler ».  

« Il me racontait qu’il en avait marre que son patron trouve toujours un moyen pour lui renouveler son contrat en CDD et que là enfin il devait lui faire un CDI. J’étais heureuse pour lui qu’enfin il arrive à se stabiliser dans la vie car il le méritait » se souvient Emilie (sa sœur). Début 2017, Adrien est envoyé sur un chantier important. Celui des halles couvertes de Vias. Son entreprise est chargée de la réfection intégrale de la toiture du bâtiment (couverture et charpente). Il s’agit pour la commune de redynamiser son cœur de ville tout en préservant son patrimoine architectural.

« Ce n’est pas normal de mourir si jeune sur un chantier »

Le vendredi 10 février 2017, sur les coups de 8h, Adrien arrive sur le chantier. Il est accompagné d’un peintre intérimaire et d’un apprenti. « Ce matin-là, le chef de chantier était absent mais il avait alerté sur le fait qu’il était nécessaire que quelqu’un soit présent pour encadrer cette jeune et inexpérimentée équipe d’ouvriers » se rappelle Christel. Le trio reste cependant seul sur place. Vers 9h, Adrien se trouve à l’intérieur des halles. Il effectue la mission qui lui a été confiée par son patron : monter un échafaudage pour aller retirer sous la toiture des filets de protection. Debout au sommet d’un échafaudage à roulette et sans garde-corps, il s’active. Mais au bout de quelques minutes l’héraultais perd l’équilibre et fait une chute de trois à quatre mètres. Sa tête heurte violement le sol.

 « J’ai reçu un premier coup de fil de la secrétaire de l’entreprise qui m’a annoncé qu’Adrien avait eu un grave accident et qu’un hélicoptère allait le transporter sur Montpellier. Puis on m’a rappelé quelques minutes plus tard pour me demander de venir directement sur Vias. Ce n’était pas bon signe. A mon arrivée sur place, j’ai vu mon fils au sol. Il était trop tard ». Adrien est mort quelques minutes après sa chute. « Ce n’est pas normal de mourir si jeune sur un chantier. D’autant qu’il ne s’agit ni du premier, ni du dernier accident du genre au sein de cette entreprise ».

Présente sur place, la gendarmerie d’Agde ouvre une enquête. De son côté, l’inspection du travail cherche à déterminer les circonstances de l’accident et notamment à savoir si un manquement aux règles de sécurité est à l’origine du drame. « Le jour de l’accident, j’ai discuté avec l’inspectrice du travail qui était sur place. Elle m’a avoué qu’il y avait quelque chose de pas normal sans m’en dire plus ». Une semaine après sa chute mortelle, Adrien était inhumé au cimetière de Marseillan. Autorisés par leur patron à assister aux obsèques, ses collègues se verront cependant retirer une journée de salaire…

Pour sa famille, plus rien ne sera jamais comme avant. « Je suis la dernière personne de la famille à avoir vu mon grand-frère » raconte Emilie. « J’étais descendue en vacances voir ma famille sur Marseillan et je suis allé voir Adrien. C’est l’une des premières vraies conversations que l’on a pu avoir en tant que frère et sœur mais surtout en tant qu’adulte. Adrien avait la main sur le cœur. Content de se retrouver tout les deux nous avions commencé à organiser notre été pour aller au festival Reggae Sun Ska ».

Adrien reconnu victime et son employeur condamné

Le 1er juillet 2017, la ville de Vias inaugure les nouvelles halles. Une minute de silence est observée à la mémoire du jeune ouvrier décédé sur le chantier. Une plaque commémorative est par ailleurs dévoilée à l’intérieur de bâtiment. « Le jour de la cérémonie, les anciens patrons de mon fils sont venus me faire la bise comme si de rien était. Je suis restée bouche bée » se souvient Christel Ricard. Dans les jours qui suivent, la mère de la victime décide de porter plainte contre l’entreprise viassoise.

L’enquête conclut que l’employeur a failli à son obligation de protection envers son employé en ayant mis à disposition d’Adrien « un équipement de travail ne permettant pas de préserver sa sécurité ». Ceci d’autant plus que celui-ci n’avait reçu aucune formation. En effet, le code du travail indique bien que « les échafaudages ne peuvent être montés, démontés ou sensiblement modifiés que sous la direction d’une personne compétente et par des travailleurs qui ont reçu une formation ». Or ce jour-là le jeune manœuvre et ses collègues étaient seuls sur place. A noter que le lundi suivant la mort de l’héraultais, l’entreprise a décidé de louer une nacelle pour terminer les travaux. Pourquoi cette décision n’a-t-elle pas été prise avant ?

Le 21 septembre dernier, trois ans et demi après l’accident du travail mortel d’Adrien, le tribunal correctionnel de Béziers a reconnu l’entreprise coupable « d’homicide involontaire par personne morale dans le cadre du travail ». Celle-ci a été condamnée « au paiement d’une amende de soixante mille euros » et s’est vu ordonner de faire afficher « la décision dans le Midi Libre pour une durée de deux mois ». Le volet judicaire de l’affaire devrait se poursuivre puisqu’à ce jour l’entreprise n’a toujours pas fait afficher le jugement la condamnant dans le journal régional. Christel Ricard et son avocate Stéphanie Jauvert (Barreau de Béziers) ont par ailleurs saisi le Pôle social du Tribunal judiciaire de Montpellier (ex TASS) pour obtenir des dommages et intérêts au titre de la faute inexcusable de l’employeur.

Maitre Jauvert surligne que « la faute inexcusable est automatiquement acquise quand le tribunal correctionnel retient l’homicide involontaire. Nous ne discuterons donc que sur le montant des dommages et intérêts. A titre d’exemple, il est retenu environ 20 000 euros pour le décès d’un enfant victime d’un accident du travail, ce qui est scandaleux et complètement insuffisant pour les parents de la victime. Un accidenté de la route est largement et plus justement indemnisé et ce malgré l’intervention du Conseil Constitutionnel en 2010 prônant la réparation intégrale. C’est le scandale des accidentés du travail en France ».

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