Patrick Cohen complaisant avec Le Pen, méprisant avec Mélenchon

On reproche souvent à Jean-Luc Mélenchon ses propos très critiques concernant les journalistes. Pour certains cette défiance s’apparente davantage à de la paranoïa qu’à de la clairvoyance. Pourtant, l’inégalité de traitement médiatique entre le co-président du Parti de gauche et la plupart des autres personnalités politiques est flagrante. Il suffit de comparer son dernier passage à la matinale de France Inter avec celui de la présidente du Front national, Marine Le Pen, pour s’en convaincre.

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Deux poids, deux mesures

Ce mardi,  Patrick Cohen recevait Jean-Luc Mélenchon. Le lendemain c’est Marine Le Pen qui lui faisait face. On aurait pu penser qu’en professionnel, le journaliste de France Inter réserverait un traitement similaire à ses invités, tous deux députés européens et anciens candidats à la présidentielle. Il n’en fut rien, bien au contraire…

Dès l’entame des deux interviews, l’inégalité de traitement est flagrante. Mardi matin, le représentant du Front de gauche était ainsi reçu : « Bonjour, Jean-Luc Mélenchon,  à quoi ça sert les invectives en politiques ? ». A peine installé, il devait faire face aux attaques et critiques sournoises de son interlocuteur.

Le lendemain l’accueil réservé à Marine Le Pen était tout autre. Plus question cette fois de blâmer l’invité, mais bien au contraire de le mettre en confiance voir même de le magnifier. « Bonjour Marine Le Pen, le Front national a connu deux événements marquants ces deniers jours, la partielle de l’Oise où pour la première fois vous avez fait presque jeu égal avec l’UMP dans un second tour et puis quelques jours plus tôt à l’Assemblée, une question d’actualité de Marion Maréchale Le Pen à propos des Roms qui a recueilli les applaudissements spontanée d’une vingtaine de députés UMP ».

Ces deux entrées en matière sont le reflet du traitement qui va ensuite être réservé à chacun des deux invités. Avec Jean-Luc Mélenchon, Patrick Cohen va adopter un ton très offensif et méprisant. La majeure partie de ses questions vont concerner les absurdes polémiques du weekend, laissant ainsi peu de place pour les sujets politiques. Le but recherché est clair, déstabiliser l’invité, l’agacer, le provoquer, et surtout le laisser le moins possible s’exprimer sur des sujets de fond.

Avec Marine Le Pen au contraire, le présentateur de la matinale va aborder des sujets purement politiques, qui intéressent les auditeurs, comme le chômage ou les retraites. Effacé, il ne va que très rarement tenter de lui apporter la contradiction, lui permettant ainsi de pouvoir s’exprimer très clairement sans qu’elle ne soit interrompue ou déstabilisée.

Un Cohen méprisant et offensif face à Jean-Luc Mélenchon

La question introductive passée, Patrick Cohen va tout d’abord tenter à travers une démonstration fallacieuse de renvoyer dos à dos le Parti de gauche et le Front national. Après avoir cité Martine Billard, « on ne veut pas laisser le Front national être le seul à parler fort », il ajoute, « donc c’est votre intention, de concurrencer le Front national dans la rhétorique ? ». Deux jours, après le congrès du PG, un parti totalement engagé dans la lutte contre l’extrême droite, le journaliste de France Inter ne trouve rien de mieux à faire que de démarrer son échange avec Jean-Luc Mélenchon par ces grotesques allusions…

Il enchaine ensuite avec l’absurde polémique du weekend concernant les propos tenus par l’ancien sénateur. « Vous n’avez pas créé Jean-Luc Melenchon, ces derniers jours et ces dernières semaines un climat de violence verbale contre des ministres et contre des dirigeants du Parti socialiste ? ».

Sans lien avec le sujet précédent et dans l’unique but d’agacer son interlocuteur, Patrick Cohen décide ensuite de ramener de nouveau la question du Front national au centre du débat.  « Vous vouliez terrasser le Front national, il ne s’est jamais aussi bien porté ». Une affirmation à l’emporte-pièce, sans aucun fondement, qui vient une nouvelle fois démontrer le manque totale de professionnalisme et de sérieux du présentateur de la matinale.

Mécontentent très certainement de ne pas avoir fait sortir de ses gonds son invité, l’interviewer décide d’en rajouter une couche en revenant de nouveau sur la polémique du weekend : « Figurez-vous Jean-Luc Mélenchon qu’il y a des auditeurs de France Inter qui s’étonnent aussi de votre vocabulaire et de la violence de votre langage et pas seulement des journalistes ».

Plus de la moitié de l’entretien est alors passé et toujours aucune question de politique n’a été posée. Tandis que le co-président du Parti de gauche tente d’aborder des sujets sérieux comme l’écosocialisme ou la politique d’austérité, Patrick Cohen se contente de limiter le débat autour de questions secondaires sans importances.

Après avoir réduit Jean-Luc Mélenchon en insulteur public et tenu des propos somme toute très favorables concernant le Front national, le journaliste décide de s’en prendre à l’unité du Front de gauche. D’un ton très offensif, il laisse ainsi entendre, sans aucune justification, que le Parti communiste est de plus en plus critique vis à vis de l’ancien candidat à la présidentielle…

Après plus de sept minutes de débat, la première et la seule question politique est posée, au sujet de Chypre. Mais là encore, plutôt que d’écouter la démonstration faite par son interlocuteur, Patrick Cohen va caricaturer et déformer ses propos. Aux déclarations de Jean-Luc Mélenchon concernant le financement des États par la Banque centrale, le journaliste va sournoisement rétorquer, « la banque centrale dans le cas de Chypre doit continuer à financer un paradis fiscal ? »…

Récapitulons. En dix minutes, le présentateur de la matinale n’a pas posé une question sur la crise, l’emploi, le chômage ou la précarité. Pas une seule fois, il n’a essayé de comprendre quelles étaient les propositions de son invité. Il a au contraire passé son temps à hacher le débat et à attaquer son interlocuteur sans vergogne. Il a transformé Jean-Luc Mélenchon en insulteur public, en diviseur de la gauche, en défenseur des paradis fiscaux et a insinué que son parti voulait copier le Front national, Est-ce être paranoïaque que d’en conclure que Patrick Cohen a clairement voulu se faire le co-président du Parti de gauche ?

Un Cohen docile avec Le Pen

Le lendemain, Marine Le Pen a pris la place de Jean-Luc Mélenchon. Patrick Cohen mène toujours le débat, cependant le présentateur ne semble pas armé des mêmes intentions que la veille. L’ambiance est toute autre sur le plateau.

Dès la première minute il interpelle son interlocutrice concernant l’emploi : « Quelles sont les solutions du Front national pour relancer l’emploi et la croissance dans notre pays ? ». Il enchaine ensuite avec une question sur l’accord de compétitivité signé chez Renault.

Il faut attendre la quatrième minute pour le voir attaquer la présidente du Front national concernant la position de son parti sur les privatisations. Mais contrairement à la veille, il n’insiste pas. Ensuite, les questions s’enchainent concernant les retraites, les allocations familiales ou la suppression du jour de carence dans la fonction publique. Pas une seule fois Marine Le Pen n’est coupée…

La comparaison est édifiante, par le ton employé comme par les sujets abordés, le présentateur de la matinale de France Inter a démontré toute sa volonté de traiter différemment la présidente du Front national et le représentant du Front de gauche. Il a décidé de suivre la ligne du « plutôt Le Pen que Mélenchon » et ne s’en cache visiblement pas…

Comments
12 Responses to “Patrick Cohen complaisant avec Le Pen, méprisant avec Mélenchon”
  1. goudy dit :

    Ne pourrions nous pas entamer une campagne d’indignation contre france Inter ?
    envoyer sur leur site une lettre « type » de mécontentement, ou quelque chose comme ça.

    • Louna dit :

      Ils ne la publieront pas. France Inter censure toute critique (courtoise, bien sûr) sur leur site, j’en ai fait les frais avec une vingtaine d’autres auditeurs, un jour.
      Je les ai alors menacés de parler de cette censure à Médiapart, et comme par magie, mon commentaire est réapparu. Pour vraiment les toucher, il faudrait écrire un billet là-dessus dans le club de Mediapart, ouvert à tous les abonnés.
      Je n’écoute plus leurs journaux, c’est une telle propagande pour le pouvoir « socialiste », vantant les mérites de l’austérité, que c’en est écœurant.
      Et c’est le service public payé avec nos impôts, en plus, c’est scandaleux.

      Merci à l’auteur pour cette analyse comparative !

  2. Max dit :

    Ca faisait longtemps que je n’avait pas écouté depuis longtemps le discours de la xenophobe.
    Ca fait peur.
    C’est cohérent et toute personne faible d’esprit, informée par ces médias de merde qui individualisent en répandant la peur de l’autre en permanence y trouveront un écho.

    Ce sera entre eux et nous, et ce sera dur.

    On lache rien.

  3. bob dit :

    Oui c’est vrai : il balaye bien devant La Le Pen, le Cohen

    • traficniet dit :

      Il a étrangement oublié ce qu’est le fascisme… Mais peut-être ses parents n’ont-ils pas eu à en souffrir ? Ce qui m’étonnerait.

      • ravach' dit :

        y a des racistes partout. En Israel;ils sont à la tête de l’état. En france quand on les appelle sionistes, ils nous appellent antisémites…

  4. Et c’est pas ça le pire. C’est que l’accueil Mélenchon / autres est toujours aussi différents, quelque soit le ou la journaliste et l’émission (radio, tv, etc.).

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  1. […] Sur son blog, Matthieu Lépine démontre l’inégalité flagrante de traitement médiatique entre Mélenchon et la plupart des autres personnalités politiques. Voir son article : « Patrick Cohen complaisant avec Le Pen, méprisant avec Mélenchon« . […]

  2. […] l’accuse de la rage », et ce discours est bel et bien celui de ceux qui sont conscients de la honte de leur compromission. Ils veulent nous faire croire que nous les poussons au fascisme par notre refus de […]

  3. […] fallait une, du traitement lamentable réservé à Jean-Luc Mélenchon par certains médias. Comme Patrick Cohen et bien d’autres, Bruno Roger-Petit participe à la campagne de diabolisation du co-président du […]

  4. […] forces militantes conséquentes, il dispose à l’heure actuelle d’une arme bien plus puissante, la complaisance médiatique. En effet, depuis son accession à la tête du parti, Marine Le Pen fascine les médias. Ceux-ci […]

  5. […] aux travers des unes des hebdomadaires, des dessins de Plantu, de la manière dont sont menées les interviews, de la place donnée aux faits […]



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