Pourquoi je m’engage au sein du Mouvement pour la 6e République ? (1)

     Voilà trois semaines, qu’avec des camarades du Parti de gauche nous présentons le mouvement pour la 6e République aux citoyens montreuillois. Chaque vendredi, nous discutons, débattons, échangeons, avec celles et ceux qui prennent le temps de s’arrêter pour cela. Certains sont intrigués par l’appellation M6R (« vous travaillez pour M6 ?), d’autres par les slogans que nous mettons en avant (« Nous pouvons », « Changeons les règles du jeu », « Déjà 45 000 signatures »…), d’autres encore, plus avertis, ont déjà entendu parler de ce mouvement et souhaitent en savoir davantage. Tous attaquent cependant la conversation par une même question, « c’est quoi la 6e République ? ». Ce qui suit, et n’engage que moi, est ma réponse à cette interrogation.

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1- Rompre avec la Ve République

     Les quatre premières Républiques françaises ont toutes débuté par la convocation d’une assemblée constituante, élue et donc plus ou moins représentative du peuple, chargée de rédiger la Constitution (1). Dès son origine (1958), la Ve République rompt cependant avec cette pratique démocratique. La Constitution sera écrite en deux mois par des « experts » au service du général de Gaulle. Le peuple ne sera lui appelé à se prononcer sur cette question aussi cruciale qu’après l’écriture des textes via un simple référendum.

Érigeant le président en capitaine du navire, seul à la barre, possédant des pouvoirs immenses (nommer le premier ministre, dissoudre l’Assemblée nationale, promulguer les lois…), la Ve République choisit de substituer à la souveraineté populaire, celle d’un homme providentiel, tournant ainsi complètement le dos à l’idéal républicain. La mise en place de l’élection du Président de la République au suffrage universel en 1962, marque l’aboutissement de cette démarche. C’est la naissance de la monarchie présidentielle.

Associée à un mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours, cette réforme va petit à petit provoquer la bipolarisation de la vie politique française. Les élections vont alors se limiter à une alternance gauche-droite entre deux partis (aujourd’hui l’UMP et le PS). Assurés, sauf exception, de se retrouver au second tour, ceux-ci ne vont plus avoir à convaincre les électeurs. Ainsi, ils vont se contenter de les séduire par le biais d’une péopolisation à outrance de la vie politique relayée via des médias avides de sensation.

Les campagnes électorales ne sont alors plus que des shows à l’américaine où le débat démocratique n’a plus sa place. Rarement suivies de faits, les promesses des candidats s’apparentent à des incantations et n’engagent plus que ceux qui y croient. Servant les intérêts d’une poignée de privilégiés, leurs intérêts, les deux grandes formations ont relayé la question sociale au second plan, ôtant ainsi tout sens et toute valeur à la politique. Ceci à tel point que « droite » et « gauche » ne représentent aujourd’hui plus que les deux faces d’une même pièce. Peu importe donc que les électeurs votent Hollande, ils auront la politique de Sarkozy !

Au fil des années, cette situation va cependant provoquer la défiance du peuple. Ainsi, celui-ci ne se déplace dorénavant plus pour voter. A quoi bon ? Chaque élection est donc marquée par un nouveau record d’abstention. Apparu dans les années 70, le Front national va s’engouffrer dans cette brèche. Grâce à un discours de façade antisystème, il va petit à petit ramasser une partie non négligeable des voix des électeurs.

Cette ascension du clan Le Pen va cependant s’avérer bénéfique pour les tenants du statut quo. En effet, le parti d’extrême droite va rapidement devenir le garde-fou du système. En définitive, il n’a pas de meilleur allié que le FN. Ainsi, profitant de la stratégie du vote utile comme de celle du front républicain, UMP (2) et PS vont tranquillement asseoir leur domination. Bien huilés, les rouages du système vont alors tranquillement pouvoir continuer de tourner.

C’est ce même état des choses qui va permettre à ces deux formations hégémoniques d’œuvrer pour la construction d’une Union européenne ultralibérale. Protégées par les institutions de la Ve République, elles vont sur cette question, comme sur tant d’autres, se passer de l’avis des français. Ainsi, peu importe que le traité constitutionnel européen soit rejeté par référendum en 2005, le traité de Lisbonne, dont le contenu est sensiblement le même, sera lui ratifié par voie parlementaire deux ans plus tard.

L’UE du dumping social, économique et écologique, bien que réprouvée par la population, va ainsi poursuivre son œuvre au service des forces de l’argent. Preuve en est avec cette énième promesse faite aux français que François Hollande ne tiendra pas une fois élu. En effet, en 2012, l’ancien candidat du PS a décidé de maintenir en l’état le traité budgétaire européen (TSCG), négocié par Nicolas Sarkozy avec Angela Merkel.

Par cette décision, le peuple français s’est vu amputé de sa souveraineté budgétaire, dorénavant confiée à la Commission européenne, dont les membres ne sont pas élus au suffrage universel. C’est cette situation qui fait qu’aujourd’hui cette même commission peut sanctionner la France si son budget ne respecte pas la politique rigueur qu’elle souhaite imposer à l’Europe toute entière.

     Dès son origine donc, la Ve République portait en elle les germes du mal qui ronge aujourd’hui notre démocratie. En cinquante ans, elle est parvenue à détourner une grande partie des citoyens de la politique. Dégoutés, ceux-ci se sont résignés à laisser les autres décider pour eux et donc à accepter d’être gouvernés par des élus illégitimes. Elle a fait prospérer le Front national, une bête immonde qu’elle ne maitrise plus dorénavant. Elle a enfin construit l’Union européenne contre les citoyens, au service des marchés financiers, détruisant ainsi l’idéal d’union des peuples d’Europe.

La Ve République a failli à tel point qu’elle est devenue tout ce qu’elle s’était jurée de combattre. Il est donc plus que jamais temps de rompre avec cette impasse et d’engager une démarche nouvelle. Contrairement à ce que décida de Gaulle en 1958, une assemblée constituante doit être élue afin d’écrire une nouvelle constitution et d’ainsi changer la règle du jeu.

 (1) Loi fondamentale d’un État qui organise les pouvoirs et énonce les droits essentiels des citoyens.

(2) Anciennement RPR.

A venir : Pourquoi je m’engage au sein du mouvement pour la 6e République ? (2) Changer les règles du jeu.

Comments
5 Responses to “Pourquoi je m’engage au sein du Mouvement pour la 6e République ? (1)”
  1. claudecarron dit :

    Beaucoup de ceux que je rencontre me disent qu’ils ont l’impression de décider en élisant « le » président et qu’à travers eux, il devrait sélectionner celui qui devrait l’aider à constituer le gouvernement. Bref, la Constituante leur donne l’impression de faire comme pour l’élection municipale rurale, où c’est le Conseil municipal qui élit le maire, alors qu’ils auraient souhaité que ce soit eux. J’ai beau leur expliquer que ce qu’à produit surtout ce système gaulliste, c’est la personnalisation du président et permettre toutes les dérives successives qu’on a vu s’amplifier au fil de ces cinq dernières décennies, faute de réels contre pouvoirs, ou au moins de contrôles. mais ils semblent tenir malgré tout à cette forme d’élection, souhaitant juste limiter les pouvoirs du président par plus de contrôles citoyens, bien qu’élu ainsi. qu’en pensez-vous ? CC

  2. mehdi dit :

    On ne sait toujours pas ce qu’est la sixième république ? Une assemblée consituante composé d’expert ? Surtout sans référendum ! Vous n’allez tout de même pas demandé l’avis aux masses ? Les mêmes qui n’ont fait que voté pour des marionnettes depuis plus de cent cinquante ans, pire…désormais les citoyens se nourrissent de télé réalité et ne pense qu’à se distraire…aucune conscience politique.

    • Matthieu Lépine dit :

      Je répondrai à ces questions dans les articles suivants. Une chose est sure, la 6e République ne peut pas se faire sans le peuple ! Les exemples étrangers, Espagne (Podemos…) Amérique du Sud (Bolivie, Équateur…), nous le montrent, lorsque le peuple à la possibilité de se prendre lui même en main, il le fait. Aujourd’hui le peuple est résigné, bien que nous soyons en démocratie, son pouvoir n’a jamais été aussi faible. Lorsque le peuple aura réellement le pouvoir alors il se mettra en marche !

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