Contestation des crimes nazis, banalisation de l’Occupation, réhabilitation de Vichy et de Pétain: la Seconde Guerre mondiale vue par le Front national

Le 18 juin dernier, suite au rejet du pourvoi de Jean-Marie Le Pen par la Cour de cassation, le président d’honneur du Front national était définitivement condamné pour « contestation de crime contre l’humanité » en raison de ses propos tenus sur l’Occupation en janvier 2005 : « en France du moins, l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550 000 kilomètres carrés ». Hasard du calendrier, on apprenait il y a quelques jours que le Parlement européen levait l’immunité parlementaire de sa fille, Marine Le Pen, dans le cadre d’une enquête de la justice française pour « incitation à la haine raciale ». La présidente du FN avait en effet comparé en 2010, les prières de rues de musulmans à l’Occupation: « Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça (les prières de rue) c’est une occupation du territoire ». Ces deux affaires font une fois de plus apparaitre le regard très particulier que porte le Front national sur la Seconde Guerre mondiale. De la banalisation de l’Occupation à la réhabilitation du régime de Vichy en passant la contestation des crimes nazis, il n’est pas rare de voir ce parti d’extrême droite soutenir des thèses révisionnistes voire même parfois négationnistes concernant cette période de l’Histoire.

au-siege-du-fn-le-candidat-duprat-soutenu-par-j-m-le-pen_191837_516x343Jean-Marie Le Pen (à gauche) et François Duprat (debout au centre) lors des législatives de 1978

Contestation des crimes nazis, banalisation de l’Occupation, réhabilitation du régime de Vichy…

    Les travaux des historiens sur la Seconde guerre mondiale ont toujours dérangé le Front national. L’extrême droite a en effet une vision très particulière de cette période de l’Histoire. En 1996 par exemple, un rapport révélait qu’à Orange, la municipalité FN contrôlait les commandes de la bibliothèque municipale et censurait certaines publications. Parmi elles, celles consacrées à la guerre 39-45. A la même époque cependant, l’ouvrage Brigade Frankreich, consacré à l’unité française de la Waffen-SS, dont l’auteur Jean Mabire était connu pour sa fascination envers les troupes de combats allemandes, faisait son apparition dans les rayons.

Pour prendre tout son sens, cette affaire de censure doit être mise en relation avec les propos tenus par différents cadres du parti concernant la Seconde Guerre mondiale. En effet, à des fins idéologiques, le Front national entretien une vision biaisée de l’Histoire, ne souciant pas du respect des faits. Celle-ci passe notamment par la contestation des crimes nazis.

En 1987 sur RTL, Jean-Marie Le Pen, alors le président du Front national, déclarait : « Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. […] Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. […] Voulez-vous me dire que c’est une vérité révélée à laquelle tout le monde doit croire, que c’est une obligation morale ? Je dis qu’il y a des historiens qui débattent de ces questions. »

Il sera condamné par la justice en 1991 pour « banalisation de crimes contre l’humanité » et « consentement à l’horrible » suite à ces propos. Ceci ne l’empêchera cependant pas de les réitérer quelques années plus tard : « Dans un livre de mille pages sur la Seconde Guerre mondiale, les camps de concentration occupent deux pages et les chambres à gaz dix à quinze lignes. C’est ce qui s’appelle un détail ¹».

Se moquant de l’Histoire, du devoir de mémoire et de la justice, le président du Front national se permettra même de déclarer dans le magazine Bretons en 2008: « J’ai dit que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale : ça me parait tellement évident ! ». Il affirmera même au sujet de la Solution finale : « Je ne me sens pas obligé d’adhérer à cette visions-là ».

La négation et la banalisation des crimes nazis ne sont pas l’apanage de Jean-Marie Le Pen. En effet,  Bruno Gollnish alors numéro 2 du parti déclarait en 2004 : « Je ne remets pas en cause l’existence des camps de concentration, mais sur le nombre de morts, les historiens pourraient en discuter. Quant à l’existence des chambre à gaz, il appartient aux historiens de se déterminer² ».

Pour les cadres frontistes, aujourd’hui président d’honneur et membre du bureau politique du parti, l’extermination des juifs serait donc un « détail », une « vision », « à déterminer » et « discuter ». Comme si les millions de victimes ne représentaient rien à leurs yeux…

Dans leur discours, la contestation des crimes nazis s’accompagne d’une banalisation de l’Occupation et de la politique menée par le régime de Vichy en France. A en croire Jean-Marie Le Pen « l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine ». Comment doit-on alors qualifier les massacres de civils perpétrés par l’armée allemande en 1944 à Ascq (86 civils tués), Tulle (99 hommes pendus) ou encore  Oradour-sur-Glane (642 civils tués) ? Le fondateur du FN ignore-t-il que des « hauts responsables allemands tel que Robert Wagner, Gauleiter d’Alsace de 1940 à 1944, les soldats de la Wehrmacht qui ont combattu les résistants français, ou les hommes de la Waffen-SS qui ont détruit Oradour et assassiné ses habitants» ont été jugés pour crime de guerre par la justice française ?

L’ancien président du FN ne fait pas que banaliser l’occupation allemande, il entretient aussi le mythe selon lequel Philippe Pétain aurait été le protecteur des juifs de France. « Feindre de croire que le maréchal Pétain était responsable de la persécution des juifs pendant la guerre, c’est une pensée scandaleuse. […] Les juifs français ont bénéficié, somme toute, d’une indulgence que leur a value l’action du gouvernement français ». Pour Bruno Gollnish, député européen, « les dirigeants actuels sont 100 fois plus coupables, si tant est qu’il l’ait été, que le maréchal Pétain ».

A en croire les cadres du FN, Pétain aurait été le père protecteur des juifs de France et ne serait en rien responsable de leur percussion sur notre territoire. Un document découvert en 2010 vient pourtant attester de la ferme volonté du chef du gouvernement de Vichy d’exclure l’ensemble des juifs du reste de la société. En effet, on trouve sur cet extrait du projet de loi initial portant sur le statut des juifs, des annotations faites à la main par Pétain. On constate par exemple qu’il a rayé la mention épargnant « les descendants de juifs nés français ou naturalisé avant 1860 », supprimant ainsi toute mesure d’exception. C’est donc par sa volonté que l’ensemble des juifs présents sur le territoire, français et étrangers, seront concernés par la loi du 3 octobre 1940.

Contestation de l’ampleur des crimes nazis, banalisation de l’Occupation et de la politique du régime de Vichy ou encore réhabilitation du maréchal Pétain, voilà ce que donne la Seconde Guerre mondiale vue du Front national. En réalité, il n’y a là rien d’étonnant, car ceci est l’ADN de ce parti d’extrême droite.

 Le Front national, un parti fondé par des vaincus de la Seconde guerre mondiale

    A en croire certains médias, les déclarations de Jean-Marie Le Pen ou de Bruno Gollnish ne seraient que des dérapages, de simples sorties de routes qui n’entacheraient en rien l’image respectable que Marine Le Pen tente de se donner. Cependant tenir un tel raisonnement, c’est fermer les yeux sur ce qu’est fondamentalement le Front national, sur son histoire.

En effet, lorsqu’il créé ce parti en octobre 1972, Jean-Marie Le Pen rassemble autour de lui un grand nombre de vaincus de la Seconde Guerre Mondiale. On trouve ainsi parmi les membres fondateurs du FN, d’anciens collaborateurs (Victor Barthélemy, François Brigneau…)  ou d’anciens Waffen-SS (Léon Gaultier, Pierre Bousquet…). Pour pouvoir comprendre le positionnement de ce parti, notamment par rapport à l’Occupation ou à Vichy, il apparaît essentiel de se remémorer cela.

La présence, dès 1972, de François Duprat dans les rangs du Front national ne doit pas non plus être trop vite oubliée. En effet, celui qui deviendra l’idéologue du parti était avant tout l’un des principaux diffuseurs des thèses négationnistes en France. En 1967, il écrivit par exemple un article intitulé « Le mystère des chambres à gaz » dans la revue d’extrême droite Défense de l’Occident. Dans un nouvel article, un an plus tard, il parlera de « pseudo « six millions de morts » ». La même année, il déclarera dans son ouvrage Histoire des SS : « la solution finale, qui pèse d’un poids si lourd sur le jugement que l’on porte sur la SS, n’est donc ni démontrée comme voulue ni prouvée comme ayant été accomplie dans les formes énoncées ».

L’influence du théoricien négationniste sur Jean-Marie Le Pen et le Front national sera particulièrement importante. On la ressent d’ailleurs encore aujourd’hui dans les discours haineux tenu envers les musulmans ou les immigrés. C’est d’ailleurs Duprat qui sera à l’origine du slogan « un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés en trop ».

 892201Louis Aliot et Marine Le Pen, lors du bal viennois début 2012

Marine Le Pen, le changement dans la continuité

Certes, l’actuelle présidente du Front national n’a jamais tenue publiquement de propos antisémites ou contestant les crimes nazis. Cependant elle n’a jamais condamné ceux de son père, qui malgré ses multiples condamnations par la justice reste président d’honneur du parti qu’elle dirige. Pire, elle l’a toujours défendue. Lorsque celui-ci cita par exemple l’auteur antisémite et collaborationniste Robert Brasillach, elle déclara de façon éhontée: « dans notre pays on a su faire la différence entre l’homme et l’œuvre ».

Cependant, c’est bien Marine Le Pen, qui début 2012, participait à Vienne à un bal réunissant des corporations d’extrême droite, dont certaines sont réputés pour être interdites aux juifs. Malgré la campagne de dédiabolisation qu’elle a lancé depuis son élection à la tête du FN, elle a à l’époque répondu favorablement à l’invitation du FPO, parti autrichien d’extrême droite. Ainsi, le 27 janvier 2012, jour anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, elle se rendait avec son compagnon, Louis Aliot (numéro 2 du FN), à ce  rassemblement de nostalgiques du IIIe Reich, où « chaque année des négationnistes sont ovationnés »…

Depuis 2011, le Front national fait pourtant davantage attention à son image. Ainsi les cranes rasés ont été chassés de fête du 1er mai, certains éléments dérangeants  comme Alexandre Gabriac³ ont été exclus pour l’exemple,  et pourtant, sans que personne ne s’en offusque, Marion Maréchal-Le Pen et Bruno Gollnish ont défilé bras dessus bras dessous avec le négationniste Nick Griffin en janvier dernier.

En effet, le 13 janvier 2013, lors d’une manifestation contre le mariage pour tous, le britannique est venu manifester à Paris et a très logiquement trouvé sa place dans le cortège du FN. Nick Griffin, leader du British National Party (extrême droite) est pourtant tristement célèbre outre-manche pour ses prises de positions négationnistes. Il avait par exemple déclaré à la fin des années 90, « je suis bien au courant que l’opinion orthodoxe dit que 6 millions de juifs ont été gazés et incinérés […]. A une époque, l’opinion orthodoxe était que la terre était plate ». Ça présence ne dérangera cependant personne, ni la présidente du Front national, ni les médias.

A la différence de son père, Marine Le Pen fait peu de références à la guerre 39-45 dans son discours. Cependant, elle a récemment laissé transparaitre  sa vision sur cette période de l’histoire en s’exprimant sur les programmes scolaires de primaire.  Ainsi, elle s’est dite défavorable à ce que l’on enseigne « la guerre, de la Seconde guerre mondiale ou bien des aspects de la colonisation », car ils représentent selon elle des « phénomènes complexes pour les enfants ».

Elle a par ailleurs expliqué qu’il était nécessaire d’évoquer « auprès des enfants la valorisation de leur histoire, les aspects les plus glorieux, quitte à ce que, lors des études secondaires, on puisse revenir éventuellement si c’est nécessaire – lorsque les enfants ont un esprit critique plus développé – aux moments de notre histoire qui ont été des moments de souffrance ».

A en croire la présidente du Front national, la question de la Seconde Guerre mondiale serait à proscrire en primaire et pourrait « éventuellement si c’est nécessaire » être abordé dans le secondaire. Marine Le Pen dit vouloir favoriser l’enseignement des aspects les plus glorieux de l’histoire de France. Pourtant, si on en suit son raisonnement, la Résistance4 doit disparaître des programmes. Doit-on donc en conclure que pour elle il ne s’agit pas d’un épisode glorieux de notre histoire ?

    De la censure d’ouvrages imposée par la municipalité d’Orange, à la révision des programmes scolaires prônée par la présidente du Front nationale, en passant par les propos de Jean-Marie Le Pen  ou Bruno Gollnish, la Seconde Guerre mondiale est sans conteste un sujet qui met le  Front national dans tous ses états. Marine Le Pen peut mettre toute son énergie dans sa campagne de dédiabolisation, elle ne pourra cependant jamais effacer l’ADN du FN.

¹ Suite à ces déclarations, il sera de nouveau condamné par la justice pour banalisation de crimes contre l’humanité et consentement à l’horrible.

² Condamné pour contestation de crimes contre l’humanité en 2007, il sera finalement blanchi en 2009.

³ Une photo le montrant en train de faire le salut nazi avait été diffusée sur internet.

4 Il est intéressant de rappeler au sujet de la Résistance, que depuis deux ans, la maire de Bollène, Marie-Claude Bombard (Ligue du sud, parti proche du Front national), fait interdire le chant des partisans lors des cérémonies du 18 juin.

Pour toute analyse « critique » et « objective » de ce blog, n’hésitez pas à aller sur le blog de M. Deniau. Étant donné le sujet de ce billet, je suis certain qu’il ne va pas pouvoir s’empêcher de sauter sur son clavier afin de me corriger et de nous apporter la vérité dont il croit être le détenteur…

Comments
11 Responses to “Contestation des crimes nazis, banalisation de l’Occupation, réhabilitation de Vichy et de Pétain: la Seconde Guerre mondiale vue par le Front national”
  1. fabienne (filoz sur FB) dit :

    Quelques précisions à apporter d’après « Marine Le Pen démasquée » de Caroline Fourest et Fiametta Venner

    Le grand-père de Marion Anne Perrine Le Pen, alias Marine Le Pen est mort en sautant sur une mine allemande… alors qu’il allait ravitailler un restaurant où soupait l’occupant.

    Son « parrain », Henry Botey, copain de virée de Jean-Marie Le Pen et proche ami de la famille, est surnommé « l’empereur de Pigalle », patron de boites de nuit et de d’hôtels à Pigalle et de la demeure de Madame Claude », a fréquenté la Gestapo pendant l’Occupation. Inculpé et écroué en avril 2011 à Fleury-Mérogis.

    Son baptême a été administré par Jean Popot, l’aumônier favori des mafieux et des condamnés pour actes de collaboration.

    Sa mère se lâche dans la pressse : « pour lui, (le père de sa fille), les arabes sont des ‘crouilles’ (…) mes filles, elles ont été élevées comme ça. Elles disaient de quelqu’un qui avait une tête de ‘youbac’, de ‘youpin’, « Tonton Dolphy [Adolph Hitler, NDA] n’en n’a pas fait assez ».

    Et voici aussi des précisions sur quelques amis de la famille et collaborateurs du père cités dans le post de Matthieu :

    Léon Gautier, ancien de la Waffen SS, chroniqueur de Radio Vichy, fondateur de la Milice. Le Waffen SS Franz Schönhuber, auteur de « Le Pen, le Rebelle ».

    André Dufraisse, engagé sur le front sous l’uniforme allemand, appelé Tonton Panzer par la petite Marine et ses sœurettes et la compagne de celui-ci, Martine Lehideux, est la nièce du ministre de l’Industrie de Pétain et dirigeante du FN.

    Pierre Bousquet, premier trésorier du FN, Victor Barthélémy, secrétaire de Jacques Doriot, secrétaire général du FN.

    Paul Malaguy auxiliaire de la Gestapo, conseiller régional FN.

  2. Philippe Edmond dit :

    Avec un tel souci de traquer les partis qui ont abrité en leur sein des pro-nazis pendant la seconde guerre mondiale, vous devriez demander l’interdiction du parti socialiste. Parmi les députés faisant partie de son ancêtre la SFIO en 1940, 17% ont en effet participé à des actes de collaboration avec les allemands à Paris, souvent dans les partis pro nazis de Déat, ancien socialiste et de Doriot, ancien communiste. Cet engagement national-socialiste de socialistes français a souvent été lié au pacifisme intégral d’une grande partie de la SFIO.
    Alors, à quand la repentance ?

  3. dentzinger dit :

    en réalité, il n’y a pas plus haineux et plus faux-culs hystériques que les discours front de gauche, stalino communist et consorts

  4. Titonerre dit :

    Salut, merci pour cet article, mais serait-il possible d’avoir des références avec les citations (quand? où? titres des bouquins cités etc…) je me rends bien compte que c’est énormément de boulot, mais ça serait tout de ême mieux…

  5. michel pépin dit :

    dire que jean marie le pen est fachiste , c’est aussi extrème que de dire qu’hitler était anti-juif …

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  1. […] que certains enragent et ne peuvent se résoudre à ne pas verser dans la basse saillie vaguement trollesque parce qu’ils ont trop conscience de l’acuité historique et méthodologique des critiques qui […]



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