Dédiabolisation du Front national: jusqu’où iront-ils ?

Dans les années 90, face à la montée de l’extrême droite, la question de l’interdiction du Front national fut soulevée à de nombreuses reprises (pétition de Charlie Hebdo, débats au sein du Parti socialiste…). A peine quinze ans plus tard, malgré quelques artifices, le FN n’a pas changé. Les idées qu’il défend sont toujours résolument nationalistes, antirépublicaines, anti-immigrés et anti-sociales ! Et pourtant, le discours tenu à son sujet par les médias et les partis politiques au pouvoir est complètement différent. Bien loin de l’interdiction, on est aujourd’hui dans la banalisation du FN et de ses idées. Celle-ci passe notamment par la dédiabolisation de la famille Le Pen ou encore par des rapprochements stratégiques et idéologiques avec le parti d’extrême droite. Ces dernières semaines ont été particulièrement marquées par cette tendance des médias et des politiques à rendre banal un discours qui il y a encore quelques années les scandalisait.

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Vers une alliance des droites ?

La droite gouvernementale a démontré pendant dix ans son incapacité à résoudre les problèmes économiques et sociaux du pays. Avec un FN fort, peu d’alternatives s’offrent à elle dans le cadre des prochains scrutins électoraux. Former des alliances localement ou reprendre à son compte le discours frontiste.

Aidé par Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy a choisi durant la dernière campagne présidentielle de droitiser son discours dans le but de siphonner l’électorat du FN. Une stratégie qui a fait des émules à l’UMP. Ce lundi, c’est le député Jean-Sébastien Vialatte qui via son compte tweeter déclarait suite aux incidents du Trocadéro « les casseurs sont surement des descendants d’esclaves ».

Le lendemain, le conseiller municipal d’Avignon et candidat à l’investiture UMP pour les municipales, Michel Bissiere, déclarait quant à lui, « il est grand temps qu’on karchérise ces racailles et ces vandales »… Des propos extrêmes qui symbolisent bien le tournant droitier désormais assumé à l’UMP.

Une dérive qui ne s’arrête cependant pas « uniquement » à des propos. A l’approche des municipales, des alliances électorales avec le FN semblent aujourd’hui se préciser. Dans la Somme, un militant UMP a d’ores et déjà annoncé la mise en place d’une liste commune. Tandis que dans les Bouches-du-Rhône, le maire UMP, Roland Chassain, a lui déclaré « si on ne fait pas de listes d’union avec des sympathisants du FN, on ne gagnera pas certaines villes dont Arles, Tarascon, Saint-Martin-de-Crau ou Miramas ». Les complicités locales entre l’extrême droite et l’UMP sont donc aujourd’hui avérées. Une tendance qui risque de prendre de l’ampleur d’ici 2014.

Mais en réalité, c’est la droite toute entière qui participe à la banalisation du Front national et de ses idées, comme en témoignages les récents propos de Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République. Le député a en effet précisé que dans le cadre d’un gouvernent d’union nationale, le Front national aurait sa place. «J’estime que certains au FN, comme Florian Philippot, défendent un projet patriotique sur une ligne républicaine»

Diaboliser Mélenchon, c’est dédiaboliser Le Pen

Impopulaires et incapables de proposer des solutions face à la crise et à l’austérité sans fin, le gouvernement et le PS voient les prochaines élections municipales comme un sombre horizon. Avec un Front de gauche qui monte en puissance, ils misent donc sur la diabolisation de Jean-Luc Mélenchon pour stopper l’hémorragie d’électeurs qui s’annonce.

Ainsi, après le ministre du Travail, Michel Sapin (Mélenchon « joue dans la même cour » que Le Pen), c’est un autre membre du gouvernement qui a récemment décidé de s’attaquer à l’image du Front de gauche. Pascal Canfin, ministre délégué au développement a publié ce lundi, sur son blog officiel, un article intitulé « Quand le Parti de gauche rejoint l’analyse du Front national ». Il y déclare voir une « proximité d’analyse » entre les deux partis.

A trop vouloir diaboliser Mélenchon, le gouvernement et ses alliés en finissent tout simplement par dédiaboliser le FN et Marine Le Pen. N’est ce pas Benoit Hamon, ministre délégué à l’économie sociale et solidaire qui déclarait en août dernier « Jean-Luc, on a besoin de toi » ? N’est-ce pas Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste qui en début d’année expliquait que dans la majorité gouvernementale « la porte est ouverte » au Front de gauche ?

N’est-ce donc pas dangereux, que de déclarer d’un coté que le Front de gauche et le Front national sont les deux faces d’une même pièce et de déclarer d’un autre qu’au gouvernement la porte est ouverte au Front de gauche ?

De la dédiabolisation à l’angélisation

J’ai à de nombreuses reprises déjà dénoncé sur ce blog l’attitude de certains médias face à Marine Le Pen. En effet, ils participent à mon sens pleinement à la campagne de dédiabolisation lancée par la présidente du FN depuis 2011. Un pas vient cependant d’être franchit avec le dernier numéro de l’Express.

L’hebdomadaire titre en effet cette semaine en couverture, « Les hypocrites. Argent : ce qu’ils disent, ce qu’ils font… » avec comme illustration, des photos d’hommes politiques de droite (Sarkozy, Guéant…) et de gauche (Hollande, Cahuzac, Mélenchon…). Première surprise, le Front national n’est pas représenté sur cette une.

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Le pire vient cependant ensuite. Nul ne peut penser que les journalistes de l’Express ignorent que la famille Le Pen dispose d’une fortune colossale et que l’ancien président du FN, Jean-Marie Le Pen fut condamné par la justice française pour fraude fiscale dans les années 90. Et pourtant, rien à ce sujet. Des cadres de tous les partis politiques français sont pointés du doigt dans ce dossier de treize pages et pas une ligne sur la fortune de la famille Le Pen !

Lorsque le nom de Marine Le Pen apparaît finalement en page 50, on se dit c’est bon, elle va en prendre pour son compte. Et bien non, au contraire ! Le journaliste préfère relayer la propagande frontiste en citant des propos ahurissants de l’ancienne candidate à la présidentielle, plutôt que de faire son travail. «Etre riche, c’est disposer d’un patrimoine. Moi, je ne peux pas disposer d’un patrimoine, je suis en copropriété avec mes sœurs, avec mes neveux, d’une maison familiale. Je crois qu’un certain nombre de Français sont dans mon cas » (Canal +, 15 avril). Le monde à l’envers…

Les médias comme l’UMP et le PS ont abandonné la défense de la République, la défense de la laïcité, la défense du monde ouvrier et les ont offert sur un plateau au Front national, qui à travers son discours dissimule ce qui est en réalité son véritable visage. A travers leurs actes, leurs propos, ils n’ont de cesse que de dédiaboliser et banaliser ce parti anti-républicain ! Mais où comptent-ils donc s’arrêter ? Sont-ils conscients de ce qu’ils font ?

Comments
3 Responses to “Dédiabolisation du Front national: jusqu’où iront-ils ?”
  1. politique dit :

    en tout cas moi en 2017 je ne me fais plus avoir par l’UMP et le PS je vote Morsay

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  1. […] ça, c’est de l’info qui mérite la une du l’hebdo au moins 3 ou 4 fois par an. Traiter « d’hypocrites avec l’argent» tous les dirigeants politiques, dont Jean-Luc Mélenchon, en oubliant Marine Le Pen, ça c’est […]

  2. […] dans des millions de foyers, sans même avoir à passer le seuil de leur porte d’entrée. Avec la dédiabolisation et la banalisation du discours frontiste, la xénophobie et l’islamophobie disposent  aujourd’hui d’une liberté de parole sans […]



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