C’est du patronat que vient la violence sociale, pas des salariés en lutte !

Depuis plusieurs mois, les plans sociaux se multiplient dans tout l’hexagone. PSA, ArcelorMittal, Sanofi, Petroplus, Virgin Megastore, Goodyear, la liste n’en finit plus de s’agrandir et les mois à venir ne s’annoncent guère radieux pour les travailleurs français. Malheureusement leur désarroi ne bénéficie pas d’un écho médiatique suffisant. Bien au contraire, plutôt que de sensibiliser l’opinion publique sur les menaces qui pèsent sur l’emploi, les médias préfèrent mettre en avant les débordements et les divisions. Quelques images bien choisies, agrémentées de commentaires acerbes, suffisent à transformer un ouvrier en colère, qui lutte pour la sauvegarde de son emploi, en un être violent, dénoué de toute revendication. La pire des actions violentes s’accomplit cependant loin des micros et des caméras.  Elle est l’œuvre de quelques individus, qui aux noms de la rentabilité et du profit, font s’abattre la violence sociale sur des travailleurs impuissants. Que sont des milliers de licenciements sinon des milliers de situations violentes ?

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Réduire les salariés en lutte à des individus violents ne sert qu’à décrédibiliser le mouvement social

Contesté en raison de son incapacité à faire face aux vagues incessantes de licenciements qui viennent s’abattre sur la France, le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, se fait de moins en moins présent sur la scène médiatique. Son collègue du gouvernement, Manuel Valls, ne manque quant à lui pas une occasion pour faire parler de lui.

Suite aux incidents qui ont dernièrement émaillé des manifestations à Strasbourg ou encore à Rueil-Malmaison, le ministre de l’intérieur n’a cessé de monter au créneau afin de dénoncer la « violence » des salariés en lutte. Plutôt que d’agir pour la sauvegarde des emplois menacés, il a visiblement décidé de privilégier la décrédibilisation du mouvement social.

Il fait ainsi totalement le jeu du patronat qui s’est lui même lancé dans une campagne de destabilisation. A Aulnay par exemple, la direction de PSA dénonce à son tour des « violences intolérables » de la part de des ouvriers en grève et se pose aujourd’hui de façon éhontée en victime. C’est le monde à l’envers…

Suite au vote de la loi d’amnistie sociale le ministre de l’intérieur a déclaré « la colère, la violence ne sont pas possibles dans une démocratie comme la nôtre ». Par ce parallèle indigne, il a montré toute sa perfidie. Car personne ne peut légitimer la violence. En l’assimilant à la colère des salariés en lutte pour la sauvegarde de leurs emplois, il vient totalement décrédibiliser leurs revendications et leurs actions.

Son discours rejoint ainsi celui de la droite et du Medef, qui n’en demandaient pas tant. Pour Laurence Parisot le vote de la loi d’amnistie est « un appel à encourager la destruction et le cassage », tandis que pour le député UMP Bernard Accoyer il s’agit d’une décision « de nature à légitimer des violences prétendument syndicales ». Hervé Mariton ne pensait pas si bien dire lorsqu’il a déclaré au sujet de cette loi qu’il s’agissait d’ « un texte (..) de lutte des classes ».

Une violence patronale passée sous silence

Si le terme de violence est aisément utilisé lorsqu’il s’agit d’évoquer des pneus brulés ou des routes bloquées par des salariés en lutte, il l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit de caractériser les vagues de licenciements, la multiplication des suicides sur les lieux de travail ou encore la précarisation de l’emploi.

En 1906, au cours de son célèbre échange avec Clémenceau à la Chambre des députés, Jaurès dénonçait le silence qui entoure ces violences: « Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connue des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. Cela ne fait pas de bruit »¹.

Cette violence passée sous silence et pourtant quotidienne est aujourd’hui plus que jamais palpable. Partout en France les plans de licenciements se multiplient poussant des familles entières dans le désarroi. Cependant, les « patrons voyous » peuvent compter sur l’alibi de la crise et le pessimisme ambiant pour se cacher encore et toujours derrière des circonstances atténuantes.

Pendant ce temps, le PDG du groupe Titan se permet d’insulter les ouvriers français en les traitants de « glandeurs » et de « soi-disant ouvriers ». L’accord sur l’emploi permettant notamment de faciliter les licenciements, de baisser les salaires, d’augmenter le temps de travail et de favoriser la mobilité, est adopté en conseil des ministres. Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, ayant touché 13.3 millions d’euros en 2012 (au titre de l’exercice 2011) fait du chantage à ses salariés en leur demandant des sacrifices financiers afin de garantir qu’il n’y aura ni licenciement, ni fermeture de site…

« Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurit黹.

¹Jean Jaurès, discours devant la Chambre des députés, séance du 19 juin 1906

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