Mais pourquoi le PS a-t-il si peur de Mélenchon ?

Jean-Luc Mélenchon est particulièrement connu pour avoir été le candidat du Front de gauche lors des dernières élections présidentielles. Il est cependant aussi avec Martine Billard, co-président du Parti de gauche. Le PG, qui s’identifie à travers le triptyque écologie, socialisme et République, est né le 29 novembre 2008. Il compte aujourd’hui plus de 12 000 adhérents, c’est donc une jeune et modeste formation politique. Pourtant depuis plusieurs semaines, il est devenu la cible d’attaques répétées venant du parti majoritaire, le Parti socialiste. Le PS est créé en 1969 suite à la disparition de la SFIO (fondée en 1905). Il est aujourd’hui à la tête de l’Etat, majoritaire à l’Assemblée comme au Sénat, dirige une grande partie des Régions et des grandes villes et la majorité des Départements. Avec plus de 174.000 adhérents, il représente la deuxième formation politique du pays sur le plan des forces militantes. Face au Parti de gauche il fait donc à l’évidence office de géant. Pourtant la répétition des attaques menées par ses instances dirigeantes à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon depuis plusieurs semaines et sa volonté d’ostraciser le Parti de gauche et ses militants démontre sinon une crainte, un véritable malaise vis-à-vis de ce jeune parti.

1927581_melenchonMélenchon, l’ennemi public N°1

Depuis plusieurs semaines, l’ensemble de l’appareil socialiste est en ordre de bataille. Il multiplie les attaques à l’encontre du co-président du Parti de gauche et en devient même parfois méprisant et menaçant. L’argumentaire est simple, faire passer Mélenchon pour un homme esseulé, dangereux, en dehors des réalités, afin de réduire à néant tout son argumentaire et de pouvoir poursuivre sans encombres le virage social-libéral au sein du PS.

Ainsi, de Hamon à Désir, chacun y va de sa petite phrase. « Vous êtes un homme seul, M. Mélenchon » (Jérôme Cahuzac), « Mélenchon ne sert pas à grand chose » (Benoit Hamon), « Mélenchon est devenu le pyromane de la gauche française » (Luc Carvounas), « Jean-Luc Mélenchon devrait changer de ton » (Harlem Désir),  » Jean-Luc Mélenchon dépasse les bornes! » (Luc Carvounas), il s’échappe «vers les sommets de la démagogie et du populisme» (Luc Carvounas),  adopte une stratégie «assez personnelle» (David Assouline), invente chaque jour une formule « pour exister » (Alain Vidalies)…

Tout est bon pour tenter d’affaiblir et d’isoler l’ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle.

Le PS ne supporte plus d’être critiqué sur sa gauche

« Ce clip est  de mauvaise foi, mensonger et caricatural : il est une faute contre la gauche », telle avait été la réaction d’Harlem Désir suite au clip réalisé par le Parti communiste dans lequel les contradictions du président de la République étaient pointées du doigt. Pour le nouveau Premier secrétaire du PS la critique, même constructive, n’est pas possible à gauche.

On retrouve cette attitude dans sa volonté de mettre l’aile gauche du PS au ban du parti. En effet, suite à la nomination de Désir, l’équipe dirigeante du parti majoritaire a été remodelée. Cependant, aucun membre de l’aile gauche (Maurel, Lienemann, Guedj…) n’a été intégré au secrétariat national. En effet, d’après Emmanuel Maurel, la nouvelle direction du parti ne leur proposait que « des postes gadgets ».

Depuis plusieurs semaines, l’aile gauche du PS tente de maintenir la tête en dehors de l’eau, en soutenant la nationalisation de Florange ou en dénonçant l’accord sur l’emploi. Cependant ces prises de position resteront sans incidences, tant que ceux qui les prononcent se tiendront figés au sein du PS…

Critiqué sur sa gauche, le PS est aujourd’hui obligé de s’auto-congratuler. En témoigne, la lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon écrite par Jean-Christophe Cambadélis dans lequel ce dernier explique, « nous attendons un satisfecit qui ne vient jamais ». Mais que nous demande-t-il d’applaudir ? L’objectif de « 150 000 logements sociaux » à construire par an. On demande à voir. « Le relèvement de 20 à 25 % du seuil minimal de logements sociaux ». Tant que les communes les plus riches pourront se permettre de contourner la loi en payant des amendes… « La hausse du SMIC ». Est-ce sérieux, que de demander à une formation qui soutient la mise en place d’un SMIC à 1700 euros d’applaudir la hausse ridicule consenti par le gouvernement (+ 3 centimes de l’heure, soit la plus faible hausse de l’histoire) !

 

Diviser pour mieux régner à gauche

L’objectif du PS est aujourd’hui clair, le Front de gauche doit disparaitre. Pour cela la tactique est simple, il fait tout pour opposer le Parti communiste au Parti de gauche. Dès le début de ses prises de fonction, Harlem Désir avait montré la voie en recevant tous les partenaires de gauche du PS (PRG, PCF, EELV, MRC), sauf le parti de Jean-Luc Mélenchon.

Depuis les attaques s’enchainent. Ainsi David Assouline porte-parole du PS, se permet d’opposer la « stratégie » du PG à celle du PCF. La stratégie de Mélenchon, « ce n’est pas la stratégie du PCF ». Christophe Borgel, chargé des élections se permet de déclarer,  « pour les municipales, je crois qu’ils (les communistes) vont s’émanciper de Jean-Luc Mélenchon ». Le sénateur Luc Carvounas, secrétaire national du PS aux relations extérieures ose quant à lui demander au PCF de se « désolidariser » du Parti de gauche…

Avec l’arrivée des élections municipales, le PS se fait même menaçant. En effet, une circulaire va être envoyée aux cadres locaux du parti leur demandant de respecter la ligne érigée par le secrétariat national : « pas d’accords en vue des municipales avec les partenaires de gauche tant qu’ils n’ont pas clarifié leur ligne ». Traduction, pas d’alliance possible avec ceux qui ne jurent pas fidélité au PS. Ce chantage intolérable vise tout particulièrement le PCF dont l’opposition au gouvernement au Sénat sur certains textes ne passe toujours pas du coté de la Rue de Solferino.

Alors que Hollande et Ayrault battent des records d’impopularité, que l’action du gouvernement ne cesse de décevoir les électeurs de gauche et que les prochaines échéances électorales, élections municipales et européennes (scrutin majoritaire à un tour) approchent, le PS semble se crisper. Il craint de perdre son hégémonie sur la gauche. En réalité, ses attaques répétées contre Parti de gauche et Jean-Luc Mélenchon sont dirigées vers le Front de gauche et ses 4 millions d’électeurs.

Comments
14 Responses to “Mais pourquoi le PS a-t-il si peur de Mélenchon ?”
  1. Philippe bouts dit :

    Ce combat du PS contre nous est presque rassurant : il prouve que nous devenons génant, voire dangereux pour eux. Continuons !

  2. fily dit :

    La baffe qu’ils vont prendre aux prochaines municipales je te raconte pas

  3. martin dit :

    la question que je me pose : pourquoi les membres de l aile gauche du PS et les vrais ecolos ne nous rejoignent-t-ils pas ?

    • Philippe bouts dit :

      Pour les écolos, c’est en cours avec la rencontre EELV/PG : constat de passerelles entre les deux. Pour la gauche du PS, on constate quelques contestations sur l’accord MEDEF/CFDT. Le mouvement démarre !

    • cheul dit :

      si, si on vous a rejoint…il ne reste que quelques personnes à EELV…

    • Mouton noir dit :

      parceq’au final les idee du front de gauche sont plus proche des reactionnaires frontiste que de l’idéologie d’une societe equitable.

    • 22xxhenri dit :

      Ce sont juste des faire-valoirs pour donner un vernis de gauche au PS ,il ont voté avec ou au mieux se sont abstenus lors des votes de toutes les lois scélérates ANI, retraites etc… Refusent de créer une scission et de créer leur propre PS de Gauche, disent qu’ils veulent changer le PS de l’interieur mais sont prêts à tout pour conserver leurs postes; bons petits caporaux..ils ne participent à aucune manif du FDG, ça éclaire bien les personnages … Et le PCF Paris en s’alliant avec Hidalgo pour quelques postes brouille le message auprès des sympathisants de gauche qui ont vraiment du mal à se situer .Le PS ne s’y est d’ailleurs pas trompé en proposant directement des accords avec le PC dès le 1er tour.Il faudra trancher franchement la situation entre PCF et PG pour redevenir crédibles dans un proche futur

      • reneegate dit :

        100% d’accord. C’est même vital pour élargir notre électorat, vital! Ce n’est pas un virage libéral, ce sont des libéraux depuis toujours et l’ambiguité entretenue au sein de certains partis de gauche leurs ont permis d’avancer cachés et d’obtenir un pouvoir qu’ils ne lacheront pas (affaire Dieudonné plus que significative). L’avenir du FdG est certes avec les communistes mais pas avec le PC. Le PS est mort et Hollande va l’a déjà quitté, il doit même être surpris de la pusillanimité de cette aile gauche, il s’attendait à des réactions plus nette (sa bonne humeur en atteste).
        A notre petite échelle, nous avons par contre compris que cette oligarchie s’étend bien plus loin que les instances dirigeantes et sont bien plus réactionnaires (dans le sens contre toute action). Ces personnages seront remplacés demain par des français motivés venant de la société civile qui garantira aux yeux de tous leur honnêteté (demain ne pas avoir de passé politique sera un atout). Nous en sommes là, au delà du PS c’est la classe politique qui est discréditée, seuls ceux qui ont agis (Melechon en est un c’est sur) pourront subsister et apporter leur expertise précieuse pour ne pas finir comme le mouvement de Beppe Grillo par exemple ou le mouvement de fond du Maïden demain).

  4. Le constat est simple désormais : pour le parti socialiste, défendre une politique de gauche, c’est faire le jeu de la droite. C’est un comble, mais c’est ainsi. Il suffisait de voir Jérôme Cahuzac « débattre » avec Jean-Luc Mélenchon, à coup de manipulations de chiffre et de mensonges en tout genre, pour voir que l’argumentaire du PS ne tient plus qu’à un fil, celui de la complaisance envers le capital.

    http://contratsocial.wordpress.com/2013/01/28/il-ne-faut-pas-faire-le-jeu-de/

    http://contratsocial.wordpress.com/2013/01/16/jerome-cahuzac-et-la-lutte-des-classes-ou-le-parti-pas-social-mais-liberal/

  5. OPTIMIST dit :

    L’activité essentielle du FdG aujourd’hui est de préparer les Municipales, les européennes.
    Laissons au PS le soin de s’assumer vis à vis de ses électeurs, seuls juge,
    Il est nécessaire d’en faire un enjeu national par une mobilisation générale dans des meetings importants dans les grandes villes, répétition de la campagne présidentielle pour porter notre programme.
    Et en fin de compte, dans le respect de la démocratie, que chacun prenne ses responsabilités de citoyen, la situation ne pourra s’améliorer que si une volonté majoritaire s’en dégage.
    C’est le moment de l’information et de la prise de conscience. L’intérêt du peuple est beaucoup plus important que l’attention que l’on pourrait porter sur les états d’âmes des leaders du PS en charge de responsabilité.
    Le train de l’arrogance roule sur les rails de notre indifférence.

    • +1, laissons-les gaspiller énergie et moyens. Là où nous sommes, nous nous ancrons, même la droite (les militants, j’entends) finit par reconnaître notre opiniâtreté et nos positions réfléchies. Les militants PS, eux, sont chaque jour plus proche de nous. Atteignons la masse critique, ils basculeront alors en masse et en conscience.
      Alain, FdG/PG

  6. GERARD dit :

    c EST CERTAINEMENT DU A SON HONNETETE CAR IL N ENFUME PAS LE PEUPLE COMME LE PS ET BIEN D AUTRE

Trackbacks
Check out what others are saying...
  1. […] Mais pourquoi le PS a-t-il si peur de Mélenchon ? « Une Histoire populaire […]



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :