Lorsque l’ambition l’emporte sur les convictions, c’est la démocratie qui trinque

Comme trop souvent, l’actualité est affectée par les turpitudes des personnalités politiques. Affairisme, mensonges, batailles d’égos, tant de faits qui viennent accentuer la défiance des français envers leurs représentants et font le lit de l’extrême-droite et de l’abstention.  Si aucune formation politique ne peut aujourd’hui se vanter d’être irréprochable, il est tout de même flagrant de constater que les deux formations « dominantes » que sont l’UMP et le PS sont celles qui portent les coups les plus violents à notre démocratie.

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Les politiques ont renoncé à faire de la politique

Depuis plusieurs années, le rejet de la classe politique par les électeurs français est manifeste. Une défiance envers les politiques qui devient cependant très rapidement une défiance envers la politique et donc une menace pour la vie de la démocratie. Peut-on cependant penser sérieusement que les citoyens français se désintéressent de leur avenir ? Bien évidemment non. Comment donc expliquer ce rejet ? L’une des réponses réside dans la perte de confiance profonde et croissante de l’électorat envers ses représentants. En effet, par leurs comportements, leurs décisions, les politiques sont les premiers responsables de cette situation. Depuis trente ans, les gouvernements succésifs ont laissé les intérêts économiques et financiers d’une minorité passer devant les intérêts politiques et sociaux de tous. En parallèle, l’opportunisme et les ambitions personnelles ont pris le pas sur les convictions et les débats d’idées. En témoigne la guerre d’égos totalement absurde à laquelle se livrent en ce moment Jean-François Copé et François Fillon. Deux candidats au programme sensiblement identique, appartenant à la même formation politique, qui sont pourtant prêts à tout emporter sur leur passage pour un poste, celui de président de l’UMP et donc potentiellement celui de présidentiable en 2017. Ainsi, les politiques ont purement et simplement renoncé à faire de la politique. Ils sont devenus des gestionnaires interchangeables, guidés et aveuglés par leur seul appétit de « gloire » et de reconnaissance. Ceux qui par leur élection, sont censés représenter le peuple, ne font aujourd’hui plus que se représenter eux-mêmes et menacent donc ainsi la démocratie. La Ve république par son mode de scrutin et sa présidentialisation excessive ne fait d’ailleurs que renforcer cela. Avec elle, la bipolarisation de la vie politique est venue scléroser notre démocratie, les élections se limitant aujourd’hui à une alternance entre les deux partis « dominants » (domination économique, médiatique…) que sont le PS et l’UMP. Deux formations assurées, sauf exception, d’arriver en tête lors des scrutins  qui ne font ainsi plus l’effort de convaincre les électeurs et se cantonnent à les séduire par le biais d’une peopolisation outrancière de la vie politique.

Le courage est devenu une faiblesse en politique

En parallèle, l’absence de courage est devenue la norme en politique. En effet, ce sont l’accès aux postes « prestigieux » et l’assurance de leur conservation qui guident désormais l’action d’un grand nombre d’élus nationaux, même cela les contraint à renier leurs convictions et donc à se compromettre.  Que dire par exemple d’Arnaud Montebourg, chantre de la démondialisation et de la VIe République lors des primaires socialistes qui se retrouve aujourd’hui dans un gouvernement social-démocrate frileux, soutenant la hausse de la TVA et la ratification d’un traité européen qui supprime la souveraineté budgétaire du peuple français. Ainsi, une fois le poste acquis, les idéaux s’envolent et les masques tombent. Mais Monsieur Montebourg, « le socialisme est une conviction, pas une carrière¹ ». Le cas du Ministre du redressement productif est cependant loin d’être une exception. Que dire de Cécile Duflot, ancienne secrétaire nationale d’Europe Ecologie Les Verts, aujourd’hui confortablement installée dans son fauteuil de ministre, pendant que le gouvernement auquel elle appartient s’obstine à soutenir un projet d’aéroport anti-écologiste et matraque ses opposants.

Courage et politique ne font donc plus bon ménage, pire, le courage est devenu un signe de faiblesse. « Erreur politique », « faute tactique », voilà comment les médiacrates ont qualifié  l’engagement de Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont. Pourquoi ? Parce que le candidat du Front de gauche s’engageait dans un combat à l’issue électorale incertaine. Mais le rôle d’un représentant politique est-il uniquement de collectionner les victoires électorales ? S’engager pour la défense des valeurs humaines et fraternelles, quel qu’en soit l’issue personnelle, voila ce qui devrait guider l’engagement de tout politique, voila ce que Jean-Luc Mélenchon nous a montré à Hénin-Beaumont. Seule la défense de l’intérêt général doit primer lorsque l’on se propose pour représenter la nation.

Un peuple résigné, mais pas aveugle

Quoi qu’on en dise, le peuple n’est pas aveugle. Résigné certes, mais pas aveugle. Il a bien compris que seule l’ambition d’une carrière longue et pleine d’éclat anime une grande partie des représentants politiques. C’est ce qui pousse tant d’électeurs à refuser de s’exprimer. C’est ce qui pousse tant d’électeurs à se tourner vers le Front national. Le désespoir, la colère, voilà ce qui fait le terreau de l’extrême-droite. Avec un PS au pouvoir ne cessant de décevoir et une UMP complètement divisée, les prochaines élections n’augurent rien de bon…

Mais ne nous laissons pas frapper par le fatalisme. Une alternative crédible à l’alternance UMP-PS est possible pour gouverner ce pays et placer l’humain au cœur de l’action politique. Pendant des semaines les médias n’ont cessé de nous annoncer l’entrée d’un membre du Front de gauche au gouvernement. Après 7 mois de mandature, il n’en est rien ! Les mercenaires sont ailleurs. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon se propose pour devenir premier ministre et diriger le gouvernement à condition «qu’une coalition se fasse avec des socialistes, des écologistes et des élus du Front de Gauche, sur une ligne de rupture évidemment avec la logique capitaliste et productiviste». Foutaise pour les uns, provocations pour les autres, cette proposition est cependant un message d’espoir pour beaucoup. L’alternative au désamour croissant entre le peuple et le monde politique se nomme VIe République. Et qui réunissait en mars dernier près de 120 000 personnes place de la Bastille pour dire « Vite la VIe République » sinon le Front de gauche ?

¹ Jean-Luc Mélenchon, le 11/11/2012 sur France 3.

Comments
2 Responses to “Lorsque l’ambition l’emporte sur les convictions, c’est la démocratie qui trinque”
  1. em dit :

    Bonjour…article intéressant. Mais, sauf erreur de ma part, il me semble que vous oubliez une chose, ou plutôt quelqu’un. Vous ne mentionnez pas François Asselineau, de l’UPR. Je pense que vous connaissez son existence et je vous encourage à aller à sa rencontre, sans préjugé, ni parti pris. Par respect pour votre intelligence, je ne vous en dit pas plus et vous laisse découvrir par vous-même…

    Cordialement,

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