Et si le Front de gauche était au pouvoir ?

La théorie des univers parallèles a été inventée par un physicien américain, Hugh Everett dans les années soixante. Selon lui, tout ce qui aurait pu se produire dans le passé c’est bien produit, mais ailleurs, dans un monde parallèle au notre. Là-bas, nos choix, nos décisions, sont devenus réalité. Si on se base sur cette théorie, si on se surprend à un peu d’irrationalité, ne serait-ce que quelques minutes, on peut imaginer que dans l’un de ces mondes, l’issue du dernier scrutin présidentiel a été différente de celle que nous avons connu ici.  Pourquoi ? Car à cet endroit, la stratégie du vote utile a par exemple été un échec pour le Parti socialiste. Parce que là aussi, Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à convaincre les électeurs de lui faire à nouveau confiance, tant son bilan était désastreux. Quant à Marine Le Pen, on peut imaginer que sa candidature a été invalidée par la justice en raison de faux tracts qu’elle aurait fait distribuer dans l’unique but de nuire à l’un de ses concurrents. Les raisons peuvent être multiples, libre à chacun de les imaginer. Une chose est cependant certaine, c’est que dans cet univers parallèle au notre et donc si proche, c’est le Front de gauche qui a remporté l’élection. Au soir du deuxième tour, le peuple de gauche se trouvait bien à la Bastille, mais cette fois, c’est Jean-Luc Mélenchon et son équipe de campagne qui étaient au centre de la scène. Face aux déceptions, aux inquiétudes que nous procure le gouvernement actuel, évadons-nous un instant et tentons de s’imaginer à quoi aurait pu ressembler les six premiers mois d’un gouvernement Front de gauche. Quelles auraient été ses premières mesures ? A quelles difficultés aurait-il du faire face ? Un voyage à travers cet univers parallèle, virtuel, imaginaire, un voyage aux vertus thérapeutiques pour tous ceux qui ont oublié que les termes République, socialisme et écologie avaient un sens.

Dans cet univers aussi Chavez et Obama ont été réélus, la Syrie est en proie à de violents affrontements et Lucasfilm a été cédé à Disney pour quelques milliards de dollars. Seules l’issue du dernier scrutin présidentiel français et ses conséquences diffèrent entre ce qui se passe ici et ce qui se passe là-bas.

Le ministre de l’économie Jacques Généreux a confirmé l’augmentation du SMIC à 1.700 euros bruts

Après avoir pris leurs fonctions, Jean-Luc Mélenchon et son gouvernement se sont attelés à la tâche, afin de tenir leurs engagements de campagne et de redresser la situation économique et sociale du pays. Le défis est grand après cinq années de Sarkozysme qui ont renforcé les privilèges des puissants et accrues les inégalités.  Des mesures d’urgence sociale ont donc été rapidement prises, comme l’interdiction des licenciements boursiers et la suppression d’emplois dans les entreprises bénéficiaires. Les 800 000 précaires de la fonction publique ont quant à eux été titularisés et une procédure concernant la réquisition des logements vacants a été lancée. Le ministre de l’économie, Jacques Généreux, a confirmé l’augmentation du SMIC à 1.700 euros bruts afin de permettre à tout un chacun de pouvoir se loger, se soigner, ou se nourrir correctement. Il a par ailleurs balayé les critiques et les doutes, en assurant que cette mesure ne coutera rien aux TPE. Elle sera en effet financée par une aide temporaire de l’Etat (réalisée grâce à la lutte contre les niches fiscales), un transfert de fiscalité des entreprises de moins de 50 salariés vers les grandes entreprises et bien évidement par la relance économique qui en découlera. D’inspiration jaurésienne, la politique socialiste menée par le nouveau gouvernement est une politique de justice sociale qui œuvre pour le bien être de tous et lutte contre les inégalités. Ainsi la mise en place de nouvelles mesures concrètes concernant la redistribution des richesses (taxation à 100% des revenus au-dessus de 360 000 euros), les conditions de travail (de véritables 35h pour tous) ou les retraites (départ à 60 ans à taux plein) sont actuellement en discussion avec les partenaires sociaux. Concernant le traité budgétaire européen, le président de la République, Jean-Luc Mélenchon, a rencontré la chancelière allemande Angela Merkel afin de lui exprimer au nom du peuple français sa désapprobation la plus totale. Il a par ailleurs tenu à apporter son soutien à Syriza, coalition de la gauche radicale grecque, lors des dernières élections législatives. Un nouveau rapport de force s’engage donc au niveau européen…

La ministre de l’écologie, Martine Billard, a annoncé l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

La ministre de l’écologie, Martine Billard, a quant à elle annoncé que le délirant  projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes serait abandonné. Démontrant sa volonté farouche de mettre en place une politique environnementale responsable et clairvoyante, elle a aussi envoyé une fin de non recevoir aux partisans de l’exploitation du gaz de schiste. Concernant la sortie du nucléaire, le peuple français devrait être consulté par référendum dans les mois à venir. La prise de fonction du nouveau gouvernement c’est par ailleurs accompagnée de mesures symboliques. Le président de la République a ainsi respecté la parole qu’il avait tenu durant la campagne : « je donne rendez-vous la nuit du 4 août car symboliquement ce jour-là sera adoptée la loi de vertu républicaine par les assemblées convoquées en session extraordinaire et ce jour-là, il sera interdit de représenter la France dans une équipe de sport national si on n’est pas domicilié fiscal en France ». Le gouvernement a enfin tenu à ce qu’une cérémonie officielle soit organisée sur les marches du Panthéon le 21 septembre dernier, afin de célébrer le 220e anniversaire de la République.

« La vie est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail ne serait pas précaire » Laurence Parisot

Le gouvernement est cependant loin de faire l’unanimité. Les mesures d’urgence qu’il a prise et la réforme fiscale annoncée ont provoqué la colère du patronat. Laurence Parisot, pour qui Jean-Luc Mélenchon est «l’héritier d’une forme de Terreur», dénonce ces mesures et mène vend debout la bataille contre l’action gouvernementale. Quoi de plus évident, que de voir cette adepte du darwinisme social s’offusquer face à une politique de redistribution des richesses, qui demande davantage d’effort à ceux qui ont tout, pour permettre à ceux qui n’ont rien ou trop peu de pouvoir vivre dignement. Rappelons que la présidente du Medef avait déclaré en 2005, «la vie est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail ne serait pas précaire» érigeant ainsi la précarité en loi. C’est donc tout à l’honneur du Front de gauche, qui défend l’émancipation socio-économique du peuple, que d’avoir comme adversaire quelqu’un comme elle.

L’opposition au gouvernement ne s’arrête pas là, elle vient aussi des mouvements politiques de droite et d’extrême-droite. Une grande manifestation, rassemblant toutes les forces réactionnaires du pays, c’est d’ailleurs tenue il y a quelques semaines contre l’adoption du mariage homosexuel et le droit de vote des étrangers aux élections locales. Image forte, Jean-François Copé candidat à la présidence de l’UMP et Marine Le Pen marchaient côte à côte en tête du cortège.

« Les discours sans les actes ne sont que des incantations » Henri Peña-Ruiz

Sortons de la politique fiction. L’exercice du pouvoir est une tâche difficile qui demande du courage et de l’abnégation. Il exige que l’on joigne les actes aux paroles, car les discours sans les actes ne sont que des incantations. Il est évident qu’un gouvernement Front de gauche n’aurait pas résolu tous les problèmes des français en 6 mois et se serait lui aussi confronté à des difficultés.  Cependant, il aurait à l’évidence jeté toutes ses forces dans la bataille pour mener une politique de justice sociale, de justice fiscale et de justice environnementale, dans le but de favoriser le progrès humain. Le renoncement politique auquel nous assistons aujourd’hui est incompréhensible et insupportable. Que le Parti socialiste se dise une chose, si le Fouquet’s et le yacht de Bolloré ont, dès 2007, condamné Sarkozy à échouer en 2012, le rapport Gallois et la hausse de la TVA viennent de condamner Hollande à échouer en 2017 ! Il n’existe malheureusement pas dans notre pays, comme c’est le cas au Venezuela, la possibilité d’organiser un référendum à mis mandat afin de destituer le président de la République. Mais que François Hollande et son gouvernement ne se réjouissent pas trop vite, les élections municipales et européennes de 2014 feront office de référendum.

Comments
12 Responses to “Et si le Front de gauche était au pouvoir ?”
  1. Laurent Abrahams dit :

    Le 10 août le président convoque une assemblée constituante pour une VI république. Les membres de cette constituante ne pouvant se présenter pour l’election suivante.

  2. fabienne labrosse dit :

    Fabienne,
    JLM est élu du Front de Gauche et je ne vois que des membres du PG au gouvernement…
    Aïe !
    Sinon, comment fait-on pour rejoindre cet univers parallèle ?
    Fabienne, militante du Parti de Gauche

    • Matthieu Lépine dit :

      @Fabienne, j’ai imaginé un temps à former un gouvernement fictif dans lequel on retrouverai des membres de toutes les composantes du FDG (M-G Buffet, P. Laurent, C. Autain…). Mais je ne savais pas qui placer où… Finalement, afin que se ne soit pas trop redondant par ailleurs, je me suis restreint à m’appuyer uniquement sur mes « certitudes ».

  3. Matthieu Lépine dit :

    A reblogué ceci sur Une Histoire populaire and commented:

    Ajoutez votre grain de sel personnel… (facultatif)

  4. PierreHuche dit :

    Sachant que la plupart de ces mesures sont contraires aux droits fondamentaux de l’individu (liberté – propriété – sûreté – résistance à l’oppression), rien de tout ceci ne se serait produit.

    En vrai, on aurait eu un bank run et un effondrement total et immédiat de l’économie, tout simplement parce que l’autoritarisme ça ne marche pas. Vous êtes prof d’Histoire, vous devriez le savoir, non ?

    • Matthieu Lépine dit :

      En quoi augmenter le SMIC, faire appliquer la loi sur les 35H, titulariser des employés précaires, refuser l’austérité, annuler le projet d’aéroport de NDDL est contraire aux droits fondamentaux ? Que chacun puisse se nourrir, se loger, se soigner, cela ne vous intéresse pas ? Faire appliquer la loi, voter de la loi est pour vous de l’autoritarisme… Il n’y a pas besoin d’être professeur d’histoire pour voir que vous faites fausse route !

      • PierreHuche dit :

        Ne vous énervez pas, si vous ne le comprenez pas alors je vous l’explique.

        Les problèmes économiques actuels viennent de 2 faits principaux: 1. consommation est artificiellement soutenue par de l’emprunt depuis 30 ans (politiques clientélistes, taux d’intérêts trop faibles, bref: argent trop facile) sans que l’on ne libère la production; et 2. l’Euro qui impose un taux de change fixe entre zones économiques aux productivité différentes. En conséquence de quoi, les investissement ne vont plus qu’en Allemagne, et les autres pays se retrouvent face au mur de la dette sans pouvoir dévaluer.

        Avant d’asséner des slogans tout faits et profondément stupides, il faut donc réfléchir un minimum.

        Augmenter le SMIC est une chose que l’on voit, et il y a aussi ce que l’on ne voit pas: le chômage que cela crée et tous ceux qui, faute d’avoir des compétences valorisables, sont évincés de facto du marché du travail (cf http://www.youtube.com/watch?v=fGKFTUVQPTMc ). Je ne suis pas contre l’idée d’un salaire minimum, au contraire cela incite les gens à augmenter leurs qualifications, mais il faut bien comprendre que ça a aussi des effets pervers, et que dans une économie qui décourage la production cela représente surtout une énorme incitation à automatiser, délocaliser, bref diminuer la masse salariale. Ce n’est pas parce qu’on augmente un salaire que la production de valeur sous-jacente augmente, elle.

        Faire appliquer les 35h est, là aussi, déconnecté de la réalité de l’économie: on n’accroit pas le travail en le divisant, comme on n’accroit pas les biens en les divisant. Je ne peux que vous conseiller de lire ceci sur le B-A BA du marché du travail: http://theoreme-du-bien-etre.net/2012/09/26/politique-de-lemploi-13-quelques-regles-basiques/

        Refuser l’austérité ne veut pas dire grand chose en soi, la chose à faire aujourd’hui serait de sortir de l’Euro, ou du moins de faire sortir les pays les plus en difficulté pour qu’ils puissent dévaluer. Mais dans tous les cas, on ne sortira pas de 30 ans d’excès monétaires par le haut, il faut d’abord manger son pain noir. Et cela sera bien moins douloureux avec une monnaie dévaluée qu’avec un euro qui bloque les prix les plus importants dans une économie: le taux de change et le taux d’emprunt. Dans tous les cas, imprimer de l’argent ce n’est pas créer de la richesse, et seule une baisse drastique des barrières à la création de richesse pourrait relancer la machine de manière pérenne, je ne vous apprends rien ici.

        « Que chacun puisse se nourrir, se loger, se soigner, cela ne vous intéresse pas ?  » >> Si bien sur, mais vous n’arriverez jamais à cela de manière autoritaire et centralisée. Le dirigisme économique, en plus d’être immoral, ça n’a jamais marché et ce n’est pas demain que ça va marcher. La prospérité émerge d’une économie saine, libre et productive, où les prix reflètent effectivement la valeur des actifs.

        Enfin, la loi c’est bien gentil, mais elle ne peut pas faire n’importe quoi ! La loi reste soumise aux droits des individus, elle n’exprime pas la tyrannie de la majorité que je sache. La révolution est passée par là, la France a posé les bases de la liberté individuelle face à l’absolutisme du souverain, que ce soit le Roi ou l’Etat. La loi, expression politique, n’est pas légitime si elle ne va pas dans le sens d’une défense accrue des droits individuels de tous, et pas d’une partie de la population (fusse les 99%) au détriments des droits de la minorité. Ne serait-ce que parler de limiter les revenus est une violation évidente du droit de propriété, une nationalisation camouflé de la richesse privée, bref la tyrannie dans toute son horreur.

        L’autoritarisme n’est jamais très loin, et il me semble bien que c’est vous qui ne le voyez pas, qui qui donc faites fausse route !

        Bien à vous.

  5. orchidee dit :

    je réponds aux propos de Pierre huche « Ne serait-ce que parler de limiter les revenus est une violation évidente du droit de propriété, une nationalisation camouflé de la richesse privée, bref la tyrannie dans toute son horreur.  »
    Je ne sais pas où vous avez vu que l’on voulait limiter les revenus. On permettra à tous de gagner jusqu’à des sommes indécentes pour le commun des mortels mais à un niveau excédentaire, l’impot récupérera tout. Rien n’empeche de partager le travail de ceux qui atteignent autant de ressources afin de ne pas trop gagner, ainsi, ils payeront moins d’impots, comprenez vous ?

  6. Arthurin dit :

    @ PierreHuche

    « La prospérité émerge d’une économie saine, libre et productive, où les prix reflètent effectivement la valeur des actifs. » par la grâce du marché -dérégulé au dernier degré- qui régule les flux de capitaux ce qui a pour effet d’aligner la production sur le réel et garantir la juste valeur d’échange des biens produits et l’équitable rémunération correspondant aux investissements…

    Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu…

  7. ah et en 2014 vous pensez vraiment que les gens vont voter FdG?

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