Gouvernement qui flippe, gouvernement qui floppe

Au lendemain des législatives, le Parti socialiste était en état de grâce : régions, Sénat, Assemblée nationale, présidence de la République, plus rien ne lui échappait.  Jamais son pouvoir politique n’avait été aussi important. Cependant l’euphorie fut de courte durée, car les français attendaient énormément de leur gouvernement. Après cinq années de droite décomplexée, de casse des services publics et de cadeaux fiscaux aux plus fortunés, se vote envers un candidat, un parti, qui se réclamait de la gauche française, résonnait pour les citoyens comme un espoir en de meilleurs lendemains. Démocratiquement élu, ce gouvernement avait donc toute légitimité pour faire appliquer son programme, pour respecter les promesses électorales qu’il avait faites aux Français. Pourtant, six mois après l’élection de François Hollande, la déception est grande. La feuille de route suivie par le gouvernement, les premiers textes votés au Parlement, tout cela ne ressemble en rien aux 60 promesses que le candidat socialiste avait fait inscrire dans son programme. Déception, découragement, résignation, colère, voilà quels sont les sentiments qui parcours aujourd’hui une grande partie des électeurs qui avaient décidé de porter leur suffrage sur le candidat de « gauche » au second tour de la présidentielle. Comment donc expliquer un tel scénario ? Comment, un gouvernement ayant toute légitimité, disposant d’une majorité à l’Assemblée et au Sénat et d’une cote de confiance importante auprès de la population, a-t-il pu décevoir à ce point en si peu de temps. Comment expliquer ces promesses non tenues, ces paroles en l’air et ces reculades intempestives ? L’une des explications réside très certainement dans le fait que depuis bien longtemps le Parti socialiste manque cruellement de courage dès qu’il a la possibilité d’agir. Pourquoi ? Car il est sans arrêt dans la recherche d’un compromis, cela même lorsque celui-ci est impossible. Ainsi, il ne cesse donc de se compromettre et donc de décevoir.

A la lecture de ce qui précède, comme de ce qui va suivre, certains me diront que je manque d’honnêteté, car le gouvernement a déjà tenu certaines de ses promesses. Je dois en effet leur concéder cela : l’action du gouvernement Ayrault a déjà permis, une hausse significative de 2% du SMIC (qui représente en réalité moins de 5 centimes en plus par heure). Pourquoi un « coup de pouce» aussi dérisoire ? Certainement par peur de se mettre à dos le patronat et d’être taxé de « socialiste » voir même de « communiste ». Des mots, qui au PS n’ont aujourd’hui plus aucun sens.  Concernant le prix faramineux de l’essence, le gouvernement annonçait en grande pompe fin aout, une baisse de 6 centimes par litre. A nouveau, il décevait par son manque de courage, par le manque d’impact de ses mesures sur le quotidien des français.  Certes, on ne peut que se réjouir lorsque le gouvernement décide d’augmenter l’allocation de rentrée ou lorsque l’Assemblée vote le remboursement intégral de l’IVG. Cependant, nous n’en attendions pas moins d’un gouvernement « socialiste » ! François Hollande nous avait promis le changement. Les soixante engagements de son programme devaient en être les éléments moteurs.  Six mois après son élection, force est de constater, qu’hormis l’heure,  peu de choses ont changé.

C’est un fait, le changement tarde à arriver, pour peu qu’il arrive un jour. Le plus consternant dans cette histoire est certainement de constater que 6 mois après sa mise en place, le gouvernement a déjà abdiqué sur bon nombre de sujets. François Hollande, bien qu’ayant le pouvoir de le faire, ne respectera pas ses engagements de campagne. Certains ne se faisaient pas d’illusions, d’autres au contraire espéraient, aujourd’hui, tous sont déçus.

En Décembre 2011, en pleine campagne, le président, alors candidat, déclarait « je renégocierai le traité budgétaire européen ». Lors du débat sur le traité de Lisbonne, son premier ministre Jean-Marc Ayrault, alors dans l’opposition, proclamait quant à lui devant l’Assemblée, qu’exiger un référendum sur les grandes questions européennes c’était « respecter le peuple français ». On aurait donc pu penser qu’une fois le Parti socialiste aux commandes de l’Etat, le traité budgétaire européen serait renégocié et que le peuple serait appelé à se prononcer. Il n’en fut rien, puisque dès juin 2012 François Hollande soumettait le traité Sarkozy-Merkel à ratification devant le Parlement. Un traité qui rappelons-le impose l’absurde règle d’or aux États européens et détrousse les peuples de leur souveraineté budgétaire. Le Parti socialiste, encore traumatisé par le référendum de 2005, a une fois de plus manqué de courage. Être au pouvoir c’est savoir écouter, entendre, prendre en compte les remarques de ses concitoyens. Par peur de se retrouver en porte-à-faux si les français ne le suivaient pas, le gouvernement a préféré se passer d’eux. Sommet de l’hypocrisie, de l’ignominie, Jean-Marc Ayrault déclarait devant l’Assemblée le 2 octobre dernier, qu’un « nouveau référendum » interviendrait en cas de « nouveau traité nécessitant des transferts importants de souveraineté ». Où est donc passé le respect du peuple français ?

Les exemples de promesses non tenues par le gouvernement sont pléthores. Promesse numéro 48, « je ferai voter une loi sur le non-cumul des mandats ». Lors de la primaire socialiste, Pierre Moscovici soutient de François Hollande annonçait   « les socialistes ont pris leur décision. Elle sera (la loi sur le non-cumul) appliquée dès septembre 2012. Si François Hollande est élu président de la République, il y aura par ailleurs une loi de prohibition du cumul pour tout le monde, qui s’appliquera en 2014. » Résultat, levé de boucliers de la part des élus cumulards du PS. Aujourd’hui, il est uniquement question de limiter le cumul des mandats et non de l’interdire. Quant au parti majoritaire, au sein duquel la mesure devait s’appliquer dès fin septembre, il semble que les cumulards aient eu le dernier mot, puisqu’ils étaient encore plus de 220 début octobre, sans que cela ne choque qui que se soit.  Promesse numéro 50, « j’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers ». Une promesse vielle de trente ans puisqu’on la retrouvait déjà dans les 110 propositions de François Mitterrand en 1981… Une promesse, qui visiblement risque à nouveau de ne pas être tenue, à la vu des récents propos de Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement. Interrogée sur la possibilité d’une application de cette loi pour les élections municipales de 2014, elle a exprimé « avoir quelques doutes », renvoyant ainsi le vote des étrangers aux calanques grecques. Inutile de poursuivre la liste des promesses que le gouvernement ne tiendra pas. D’autant que face à la tournure que prennent les événements, il est fort probable que cette liste ne fasse que s’agrandir.

Au-delà de ces promesses non tenues, c’est la fragilité, le manque d’assurance et de courage du gouvernement qui inquiètent. Comment un gouvernement socialiste, élu démocratiquement, disposant d’une légitimité importante, peut-il flancher face à la fronde de quelques entrepreneurs ? Ces « pigeons », ainsi autoproclamés pour mieux masquer leur rapacité, ont réussi en quelques jours, en quelques tweets, à obliger le gouvernement à revoir sa copie sur le budget 2013. Le plus inquiétant dans cette affaire, réside certainement dans le fait que le gouvernement à force de reculer, montre ses faiblesses, son manque de courage, son manque d’assurance et devient ainsi une véritable proie face au capitalisme rapace. Preuve en est, la pression exercée depuis plusieurs jours par les dirigeants des 98 plus grandes entreprises françaises, qui à leur tour viennent demander au gouvernement des efforts insupportables (baisse de 30 milliards des « charges »…).

Peur des français, peur du patronat, peur des marchés, peur de ses adversaires, peur de ses partenaires et peut-être même tout simplement peur de lui-même, le Parti socialiste et avec lui le gouvernement courent à leur perte. Pourquoi ? Parce qu’ils sont perdus, ne savent plus qui ils sont (socialistes, sociaux-démocrates…) ni où ils vont. Leurs désarrois idéologiques et politiques sont autant d’œillères qui viennent briser le lien qui devrait exister entre un gouvernement et le peuple qui lui a donné sa confiance.  « Le courage (…) c’est d’agir et de se donner aux grandes causes » disait Jean Jaurès lors de son célèbre discours à la jeunesse en 1903. Il serait peut-être bon pour le Parti socialiste et le gouvernement de réfléchir à cela.

Comments
One Response to “Gouvernement qui flippe, gouvernement qui floppe”
  1. Drino dit :

    La côte de confiance de FH vient de tomber à 36 % et celle de son second à 34 % (Ifop du 31/10/12). Faut dire que quand on est élu par défaut et sur un mensonge, et qu’en plus on est totalement incompétent, il ne faut pas s’attendre à devenir une lumière.

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