Classe contre classe plutôt que race contre race

Il est bien évident que la notion de races humaines est erronée. Son utilisation ici n’est pas idéologique, il s’agit uniquement d’un jeu de mot.  Le terme est à prendre au sens de nationalité, d’ethnie, de culture, de religion…

Depuis la nuit des temps et dans toutes les sociétés, les classes dirigeantes comptent sur les divisions entre les peuples pour s’assurer un règne paisible. La classe capitaliste, aujourd’hui dominatrice, l’a bien assimilé. Ses membres, conscients de leurs intérêts communs, s’organisent sans distinction d’origine, de nationalité ou de religion pour faire perdurer cette situation ; en faisant par exemple, de l’immigré ou de l’ouvrier étranger, un concurrent, voir un ennemi. En parallèle, ils peuvent compter sur le soutien des mouvements racistes et xénophobes, tant attiseurs que diffuseurs de haine, qui font de ce même immigré, de ce même ouvrier, l’unique responsable de tous les maux de notre société. Sournoisement, tout en nous persuadant de l’absurdité de cette notion, la classe capitaliste mène une lutte de classe. Faut-il rappeler les propos de Warren Buffett, troisième homme le plus riche du monde: « La lutte des classes existe, et c’est la mienne qui est en train de la remporter » (New York Times, le 26 novembre 2006). Face aux mensonges et à la haine il semble aujourd’hui primordial de porter et de diffuser un discours de fraternité.

Pas de corrélation entre le nombre d’étranger et le chômage

 En tant de crise, l’étranger a toujours joué le rôle de bouc-émissaire. Chômage, délocalisation, il serait l’unique responsable de tous nos maux. L’ouvrier, forcé d’aller pointer à pôle emploi parce que son entreprise a quitté la France pour le Maroc ou la Turquie, ne doit pourtant sa situation qu’à ceux qui ont décidé de délocaliser l’outil de production. L’étranger, qu’il soit en France ou ailleurs n’en est en rien responsable. De par leur discours résolument anti-immigré, les classes dirigeantes ne cessent de souffler sur les braises de cette terrible chimère afin de s’exonérer de toute responsabilité. Le Parti socialiste ne fait malheureusement pas exception. Dans une interview au Monde, Manuel Valls a récemment donné du crédit aux thèses du Front national qui font de l’immigration un fardeau économique pour notre pays ; «aujourd’hui la situation économique et sociale ne permet pas d’accueillir et de régulariser autant que certains le voudraient». La réalité est pourtant bien différente.

 La situation de la France dans les années 30¹ est un très bon exemple à développer pour démontrer toute l’absurdité de ces différents discours. A l’époque, notre pays comme bien d’autres est en situation de crise. L’activité économique recule, le chômage augmente. Un fort relent de xénophobie touche alors la France. « Les immigrés nous prennent nos emplois » (le discours n’a pas changé), voilà ce que l’on peut entendre aux quatre coins de l’hexagone. Le gouvernement du radical Herriot décide alors de prendre des mesures. Le 10 aout 1932, la loi dite de protection de la main d’œuvre française est adoptée (les radicaux et la droite ayant voté pour, les socialistes et communistes s’étant abstenus). Le but de cette loi, réduire le nombre de travailleurs ne possédant par la nationalité française. Pour se faire, des quotas d’étrangers sont fixés dans les entreprises et des mesures sont prises pour réduire l’immigration des travailleurs. Entre 1934 et 1935 des rapatriements « volontaires » et forcés de ressortissants étrangers (notamment polonais) sont par ailleurs organisés. Ainsi, entre 1931 et 1936 le nombre d’étrangers va fortement diminuer, -517000 personnes². Si on en croit le raisonnement tenu par le gouvernement de l’époque, ceci aurait du permettre de protéger les emplois des ouvriers français. La population active a pourtant chuté d’1,35 millions de personnes sur la même période³. Preuve s’il en fallait une qu’il n’existe aucun lien entre l’augmentation du nombre d’immigrés et celle du nombre de chômeurs. Les solutions préconisées par le Front national sont donc invalidées. La crise de l’époque, comme celle qui secoue notre société aujourd’hui, n’était en rien due aux étrangers qui ont été ignominieusement montré du doigt, mais bien aux failles du système capitaliste.

 Les travailleurs sans-papiers, premiers exploités de ce pays

Revenons-en aux propos de Manuel Valls. Le ministre de l’intérieur ne semble visiblement pas préoccupé par la situation des travailleurs  sans-papiers. Ceux si sont pourtant des forces de travail vulnérables, comme l’a démontré l’anthropologue E. Terray à travers son concept de délocalisation sur place. Privés de protection sociale ou d’allocations et non revendicatifs quant à leur condition de travail car expulsables à tout moment les travailleurs sans-papiers, ceux-là même que le Front national et l’UMP montrent du doigt, vivent et travail dans des conditions semblables au pays du tiers-monde dont beaucoup sont issus. Aucun immigré ne fait le choix de quitter son pays pour devenir chômeur ou être exploité en France. Ces employeurs peu scrupuleux, aveuglés par les exonérations de charges patronales qui exploitent des êtres humains doivent être dénoncés et poursuivis devant la justice.

Le travailleur sans-papier, comme l’ouvrier ou le chômeur immigré, parce qu’ils subissent la même misère social, sont des égaux de classe et non des ennemis

 Que les ouvriers, chômeurs, intérimaires qui votent Front national et veulent en finir avec la précarité, sachent qu’ils « sont fragilisés par leur division en nationalités et en races » (Jean Jaurès). Qu’ils sachent que le travailleur sans-papier, comme l’ouvrier ou le chômeur immigré, parce qu’ils partagent avec eux, la misère social, sont des égaux de classe et non des ennemis. L’identité sociale, l’identité de classe, doit prendre le pas sur l’identité « raciale » ou nationale. La misère des citoyens ne peut être imputée aux travailleurs étrangers. Cette chimère n’est que le fruit des forces capitalistes qui redoutent l’unité des peuples. Quant au discours « anticapitaliste » de l’extrême-droite il n’est qu’un leurre. Que proposait Marine Le Pen dans son programme concernant le SMIC ou les retraites ?

 Les travailleurs immigrés, sans-papiers, doivent eux aussi savoir que seule une union de classe est la seule alternative. Il y a encore 50 ans aux Etats-Unis, les afro-américains subissaient la ségrégation raciale. Cette discrimination n’était en rien le fruit de la volonté du peuple blanc américain mais le produit d’un système colonialiste et raciste mis en place plus de 400 ans auparavant par les classes dirigeantes blanches venues d’Europe. Il est évident que les masses populaires américaines, blanches comme noires, ont toujours eux des intérêts communs. Voilà pourquoi les classes dirigeantes ont tout fait pour que leur division perdure. Mais partout en Amérique, des blancs et des noirs, pour qui les termes de justice et de fraternité avaient un sens, se sont battus avec courage pour que cesse cette désunion. Ainsi, les noirs américains obtinrent des droits civiques égaux à ceux des blancs. « Ce qui semblait devoir durer éternellement pouvait donc cesser et ce qui semblait figé pouvait évoluer » (Howard Zinn, L’impossible neutralité, 1994).

Il en est de même aujourd’hui en France. Les classes dirigeantes qui participent à la diffusion d’un discours de haine, faisant du travailleur immigré l’ennemi du travailleur français, tout comme ces employeurs qui exploitent des sans-papiers, ne représentent en rien l’écrasante majorité du peuple français. Ceci étant d’autant plus vrai dans un pays où l’abstention ne cesse de croitre de scrutin en scrutin.

Énorme est ce pouvoir ignorant dont le peuple dispose. Que les exploités de ce pays, travailleurs, chômeurs, quelques soit leur origine, leur religion ou leur culture comprennent, qu’ils ont des intérêts communs ; que leurs division ne servent que la classe capitaliste ; que ni le Front national, ni la résignation ne sont des solutions… Alors, ils influeront d’une manière décisive sur le cours des choses.

¹ Voir l’ouvrage d’Alexis Corbière, Le parti de l’étrangère: Marine Le Pen contre l’histoire républicaine de la France, Tribord, 2012

² Source INSEE

³ Source

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